Gérard-Georges Lemaire est l'auteur (entre autres) d'un livre sur William Burroughs qui a joué un rôle déterminant à un moment de ma vie. Cela se passait à la fin des années quatre-vingt. J'avais trouvé ce bouquin qui ne payait pas de mine (couverture assez laide) chez un soldeur. J'étais fauchée à l'époque et j'ai longtemps tourné autour avant de l'acheter. Mais à chaque fois que je l'ouvrais et que je lisais, cela me captivait tellement que je n'ai pas résisté. J'ai toujours ce livre abondamment illustré qui se présente comme une sorte de dictionnaire Burroughs. Il commence par Apomorphine (un traitement contre l'intoxication) et finit par Phil White (ami de Bill, truand à New York dans les années quarante). C'était une merveilleuse entrée dans le monde fascinant de Lonesome Cowboy Bill, exactement ce qu'il me fallait pour tenir le coup dans le monde des zombies où il me fallait entrer d'urgence afin d'assurer ma survie matérielle. Dans cette phase d'intégration particulièrement délicate, je tenais à conserver quelques fondamentaux pour ne pas me perdre. La lecture de ce livre, tout comme celle des Commentaires de Guy Debord, me tint lieu tout au long de l'année à la fois de remède et de drogue. Alors que j'essaie en vain d'expliquer l'effet que me faisait Burroughs, je pense à cette phase de Ginsberg qui raconte que lorsqu'il entrait dans la piaule de Bill, à Tanger ou au Beat Hôtel, il le trouvait toujours "carburant à plein régime", concentré sur les lignes de contrôle dans les codex Maya ou cherchant des messages cachés dans des enregistrements de bruit blanc. C'est ce type d'énergie qui m'aidait à tenir le choc. You see what I mean ?

Donc, Gérard-Georges Lemaire renvoie à William Burroughs. Vous suivez ? Et il se trouve que l'exposition qui se tenait juste en face au Palais de Tokyo s'intitulait The Third Mind, titre d'une oeuvre à quatre mains, un ensemble de collages et de textes, fruit d'une collaboration entre Burroughs et Gysin (le "troisième esprit" naissant de cette rencontre à travers une activité artistique). Ce projet qui explorait la technique du cut-up et son extension dans le champ des arts plastiques n'a jamais abouti parce que les exigences des auteurs faisaient peur aux éditeurs. Seul le texte a été publié (sous le titre "oeuvres croisées" chez Flammarion), mais pas les collages (quelques uns étaient reproduits dans le fameux livre de Gérard-Georges Lemaire). Une partie de ces travaux était présentée. Bill n'était pas très chaud pour se "taper une expo d'art contemporain", surtout après Kubin. Je l'ai convaincu en lui disant que le Palais de Tokyo était un endroit assez rock n' roll plein de japonaises décadentes.

Dès l'entrée, une installation de portraits vidéo d'Andy Warhol eut tôt fait de mettre Bill de bonne humeur.

On retrouve les habitués de la Factory des sixties (ici, Nico) et quelques guest stars comme Ginsberg.

Mais un véritable choc attend le visiteur lorsqu'il fait le tour et découvre le dernier moniteur, présenté de dos face à l'entrée. Il ne faut pas le rater.

C'est le vidéo-portrait de Marcel Duchamp.

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