lundi 4 janvier

Les vieux lecteurs savent à quoi l'image fait allusion. Je laisse les autres deviner.

Hier soir, j'ai relu deux textes de Jean-Jacques Schuhl parus dans Libération (disponibles ici). Jean Eustache aimait le rien est une sorte de manifeste rétroactif d'un certain dandysme parisien seventies et aussi un texte clé pour comprendre la fascination exercée par le cinéma d'Eustache. Le portrait de Godard, lui, est plutôt un texte sur l'expérience de l'écriture, les bouts de papier, les morceaux de phrases à faire tenir ensemble et le rôle crucial de la virgule. Pour patienter en attendant le dernier roman qui sort ces jours-ci.

mardi 5 janvier

J'ai presque éprouvé un soulagement lorsque j'ai rangé le roman de James Salter à côté de Un sport et un passe temps. Les derniers chapitres sont tellement implacables. Le couple parfait se sépare vers les deux tiers du bouquin mais ça, on s'y attendait. L'écrivain s'attarde ensuite sur les protagonistes après l'éclatement de la bulle, la fin de la période enchantée. Le contraste avec le début du livre, lorsqu'il nous décrivait par le détail le foyer idéal, donne une efficacité diabolique à la fin du roman. Les passages consacrés aux temps morts, à l'ennui, au vieillissement - le sentiment d'une vie passée "comme un éclair" -, sont d'une force redoutable.

mercredi 6 janvier

(source)

Sur le blog shigepekin, où je passe régulièrement, une suberbe affiche de l'I.S. attire immédiatement mon regard. Je suis le lien et entre dans une librairie pleine de documents rares et excitants, comme cette page lettriste signée Alain Satié. Idéal pour se changer les idées.

jeudi 7 janvier

Sur le site des éditions Taschen, on peut tranquillement tourner les pages du livre consacré aux photographies de Dennis Hopper. Comme l'avait montré l'exposition à la cinémathèque, Hopper réserve sans cesse des surprises. J'aime bien ses clichés où les traces de peinture laissées par les employés chargés de recouvrir les tags évoquent des tableaux de peintres expressionnistes abstraits.

vendredi 8 janvier

Un "vrai hiver", comme dit ma voisine.

samedi 9 janvier

L'autre jour, en regardant un documentaire sur la crise des années 20-30, j'ai repensé à On achève bien les chevaux. On voyait des images (insoutenables) de marathons de danse, les couples épuisés s'effondrant devant des voyeurs qui payaient pour jouir de ce spectacle. J'ai pensé un peu au film avec Jane Fonda - une honnête adaptation hollywoodienne un peu trop clean - et surtout au grand roman d'Horace Mac Coy. J'avais piqué le livre à ma frangine et je l'avais lu comme ça, parce que la couverture m'intriguait. Je devais avoir dans les quatorze ans et ce fut un grand choc. J'aimais ce style distancé, économe, mais qui vous secoue complètement (du "less is more" appliqué au domaine de l'écriture ). J'ai toujours l'édition de 1973, jaunie et cornée, soigneusement rangée dans la bibliothèque.

dimanche 10 janvier

 

lundi 11 janvier

Tiens, j'ai oublié de noter quelques visionnages cinématographiques. J'ai vu trois débuts de films de John Cassavetes et je n'ai pas réussi à en regarder un seul en entier. Je crois que je suis allergique à Gena Rowlands. J'ai vu avec beaucoup de plaisir Loulou de Pabst. Et surtout, revu le génial Faucon maltais de John Huston - ce qui tombe très bien puisque j'ai eu les romans de Dashiell Hammett (Quarto Gallimard) pour Noël.

mardi 12 janvier

"Les signes-images de l'artiste fonctionnent comme des mémoriaux pour “réactiver le langage”, créer des espaces imaginaires ou des expériences pour le public, à travers le regard singulier et toujours nouveau du spectateur." C'est la phrase de la semaine. L'artiste en question, un nommé Stefan Brüggeman, n'est pas pire qu'un autre. Juste un bon élève besogneux qui applique scrupuleusement les règles. Ses pièces sont sans intérêt et totalement dépourvues d'originalité (le "travail sur le langage" est, depuis Jenny Holzer, un poncif de l'art contemporain), mais elles fournissent à ceux dont c'est la profession l'occasion de pondre ce type de commentaire.

mercredi 13 janvier

Commencé Entrée des fantômes. La première partie, heureusement très courte, est décevante au moment où on la lit. Son souvenir est plus agréable, surtout lorsqu'on est en train de lire l'excellente seconde partie. Entretien avec Jean-Jacques Schul, ajusteur, sampleur et monteur, ici.

jeudi 14 janvier

(source)

" (...) une rationalité globale qui a pour norme la concurrence du marché, pour modèle l’entreprise, et pour instrument le management de la performance." Parfois, au détour d'un texte qu'on parcourt machinalement en espérant vaguement y trouver quelques éléments de description de l'aliénation contemporaine, il arrive qu'on s'arrête sur un énoncé correct, une définition exacte, concise et cependant complète, de la réalité.

vendredi 15 janvier

Je viens d'apprendre la mort de Denis Stock et je réalise qu'il était un de mes photographes préférés. J'ai passé beaucoup de temps à regarder ses photos de James Dean et aussi celles des jazzmen. Il avait le truc pour saisir l'individu isolé et seul, dans la ville ou dans la foule, tout en le reliant à son environnement par le jeu du hors-champ.

samedi 16 janvier

Finalement, ce fragment de "vrai roman" raté qui conduit à une impasse, comme ça, en ouverture, c'est très bien. On apprécie d'autant plus la suite, de se retrouver avec l'auteur au fond de ce restaurant chinois sombre et désert, près de l'aquarium qui nous dissimule la salle. Comme dans Ingrid Caven, Jean-Jacques Schuhl déroule à sa façon le fil de ses souvenirs. On apprécie la justesse des dialogues, le sens de la dérision légèrement snob, le sentiment d'une époque révolue (mais sans nostalgie), la description des personnages. Et c'est parfait comme ça. On a envie de dire à l'écrivain d'arrêter de se compliquer la vie. Comme il le dit à plusieurs reprises - mais apparemment sans trop y croire -, tout ce qui est vu et vécu par lui est "romanesque". En même temps, un Jean-Jacques Schuhl efficace et productif comme n'importe quel fournisseur de marchandises culturelles, cela paraît difficilement envisageable.

dimanche 17 janvier

"On annonce un Gainsbourg à faire peur: je n’ai vu que la photo où Casta/Bardot, assise sur un piano, presque nue, pose ses jambes sur le héros. «Serge, tu les aimes mes cuisses?» Et il se prépare un Vian." J'irai cracher sur vos biopics en compagnie de Raphael Sorin

lundi 18 janvier

Personne ne me passe de commande, je n'ai donc pas d'obligation pour parler de Rohmer. En plus, je dois avouer avoir raté à peu près tous ses films récents. Ses personnages sont presque toujours des têtes à claques égocentriques et bavardes (avec des voix énervantes, en plus). Et pourtant, j'ai passé avec ces personnages, que je ne supporterais pas deux minutes dans la vie, des moments rares et totalement imprévisibles. Mon tiercé (dans l'ordre) : Le genou de Claire, Pauline à la plage, Les nuits de la pleine lune.

mardi 19 janvier

J'ai lu avec intérêt la biographie de Dashiell Hammett qui se trouve au début du Quarto. Hammett est un type compliqué, avec un côté destroy assez prononcé (ce qui le distingue radicalement de Chandler le pantouflard). C'est un personnage plein de contradictions, incompréhensible même pour ses proches, et pour le coup, totalement romanesque. D'abord, il y a cette interruption brutale de l'écriture alors qu'il se trouve au sommet de la reconnaissance littéraire, une panne qui durera jusqu'à la fin sans qu'il fournisse d'explication convaincante. Pendant ces longues années où il ne produit presque plus rien, il continue à vivre sur un train de vie princier grâce aux nombreuses adaptations hollywoodiennes de ses romans. En même temps, et ce n'est pas le moins étonnant, il s'engage ouvertement du côté des communistes, s'attirant beaucoup d'ennuis.

mercredi 20 janvier

A chacun ses remèdes. Pour moi ce sera un feu dans la cheminée, un bon livre (Moisson rouge fera l'affaire) et des chansons de Sam Cooke en abondance.

jeudi 21 janvier

Nous voila au cœur de tout les problèmes, de ce qui cristallise les intérêts du monde occidental : trouver un boulot et une femme ayant les mêmes gouts, qui sont en fait ceux de tout le monde libre, de toute personne en mesure d’écouter à longueur de temps de la merde préformatée servant dans la foulée à illustrer la pub pour sa future voiture ou son mac de chie, abreuvant nombre de myspace et autres réseaux de partages culturels accessibles par smartphone. (source)

vendredi 22 janvier

En 1956, 23 ans se sont écoulés depuis la publication de son dernier roman. Dashiell Hammett vit entouré de machines à écrire poussièreuses. "Je les conserve surtout pour me rappeler que j'étais écrivain.", dit-il à un visiteur. Lors d'une interview au Washington Daily News, il donne la réponse suivante : "J'ai cessé d'écrire parce que je ne pouvais plus que me répéter. C'est le début de la fin..."

Prestation médiatique la plus décevante du mois : James Ellroy, en tournée de promotion pour Underworld USA.

samedi 23 janvier

La tournée de promo dans les médias, les artistes s'y sont mis aussi. On a eu droit à Boltanski interviewé dans la presse, à la télé, deux fois dans la même journée sur France Culture. Boltanski a des choses à dire sur le passage du temps et sur la mort et comme je ne suis pas très sensible (euphémisme) à ses installations, autant l'écouter parler. Durant l'interview du soir à la radio, Boltanski a eu une sorte de coup de pompe. Lorsque le journaliste lui a demandé comment il se sentait, il est sorti de son discours préfabriqué pendant un court moment et a répondu qu'il se sentait complètement vidé cause de toutes ces interviews. "A force de répéter tout le temps les mêmes choses, vos idées s'éloignent de vous. C'est terrible. On y croit de moins en moins. Il devient difficile d'en parler avec conviction." Puis il a ajouté : "Je me demande comment font les hommes politiques..."

dimanche 24 janvier

 

next

Index-1-2-3-4-5-6-7-8-9-10-11-12-13

__________GFIV.net___________