Lundi 8 octobre
Pour en finir avec l'ego. J'ai déjà remarqué à plusieurs reprises qu'il s'agissait d'un sujet qui fache. Je n'en parlerai plus. L'ego est présent chez chacun et impossible à éliminer totalement comme semblent le souhaiter certaines philosophies orientales. Certes. On peut au moins reconnaître que l'ego, surtout lorsqu'il est boursouflé, n'est pas ce qu'on peut trouver de meilleur en chacun de nous. Quant à le vénérer... Mais peut-être ne mettons-nous pas la même chose sous ce nom. Lorsque toute l'énergie d'une personne est placée dans sa réussite professionnelle, dans l'ascension de sa hiérarchie, et que pour arriver à ses fins elle instrumentalise tous les être humains qu'elle croise, j'appelle cela un ego envahissant. Les réactions du type : "si, si, c'est génial l'ego", je ne comprend pas bien. Il est vrai que je ne suis ni un modèle de réussite sociale ni un exemple de personne particulièrement bien adaptée au monde dans lequel elle évolue.
Mardi 9 octobre
La GFIV-Connection est très productive ces jours-ci. La quantité de mails à l'heure atteind des chiffres impressionants. Et le plus étonnant, c'est que les messages sont drôles. Je n'ai jamais autant ri devant mon ordinateur.
Mercredi 10 octobre
Ain't got nothing to say.
Jeudi 11 octobre
Aujourd'hui : jardin. Je vais ramasser les feuilles mortes devant la base secrète. J'ai besoin de ce genre d'activité. Je dors mal depuis quelques jours.
Vendredi 12 octobre
Comme tous les Gémeaux, à certains moments, je commence à avoir le système nerveux qui a tendance à s'emballer. Impossibilité de se détendre, surexcitation, pétages de plombs dans tous les sens. Le danger, c'est de prendre ça pour de la suractivité, la manifestation d'un surcroît d'énergie. Il n'y a rien de positif dans cet état et si l'on ne se calme pas on vas direct vers le nervous breakdown. Je le dis à tous les Gémeaux qui me lisent, il n'y a qu'un seul remède à ça : quelques bonnes nuits de sommeilt. C'était les conseils de Jane.
Samedi 13 octobre
Y'a plein de petits jeus débiles sur la GFIV-Connection. Ca me fait penser à ce bouquin de Nick Hornby où le personnage principal n'arrête pas de faire des listes avec ses copains (Les cinq meilleurs premiers morceaux de face A, des trucs comme ça...). Cette-fois ci, il s'agissait des concert qui vous ont marqués à vie. Ma réponse :
Les Clash en 77. Ce n'est même pas pour la musique (les morceaux du premier album). C'est pour un flash qui est resté gravé dans ma mémoire. J'étais avec Lonesome. Nous ne connaissions pas ce groupe qui débarquait d'Angleterre mais nous avions fait confiance à Pacadis, un papier enthousiaste dans Libération qui s'appelait "La lutte des Clash". On arrive en avance dans la rue de la République. On passe devant la peite salle (Palais des Glaces). Et là on voit passer quatretypes avec des combinaisons d'aviateurs, et des rangers. Tout le monde se retournait. Ils dégageaient énormément d'énergie positive. Je sais que c'est idiot, mais ces quatre musiciens qui allaient prendre une bière avant le concert, j'ai senti en un dixième de secondes qu'ils allaient devenir quelque chose d'énorme.
Dimanche 14 octobre
Concerts (suite). J'ai beaucoup aimé les premiers concerts de Mink Deville à Paris. Willie était ému d'être là et il voulait donner le meilleur. La première fois, c'était dans un Théâtre, avec des loges. Cambreta, ce superbe disque, venait juste de sortir et nous l'écoutions en boucle à longueur de journée chez Lonesome. La deuxième fois, c'était à l'Olympia. Willie pouvait vraiment être un crooner grandiose quand il était lancé. C'était très beau. Je pleurais. "This must be the night" Ce fut LA nuit.
Lundi 15 octobre
Complètement oublié le journal !
Mardi 16 octobre
Idem. C'est en visitant la chambre des demoiselles que je l'ai réalisé.
Mercredi 17 octobre
Je n'aime pas tant que ça les faux printemps en automne. L'impression que ça cache quelque chose ou qu'il faudra le payer d'une manière ou d'une autre.
Jeudi 18 octobre
Joe Le Gloseur est définitivement grillé à l'université française. Il a fait un test pour s'en assurer. Quatre courriers, mails, téléphone : silence total, personne ne veut diriger sa thèse de doctorat. Bien entendu, il n'aura jamais la réponse qui le rendrait heureux : nous ne voulons pas d'un individu à la pensée subversive parce que nous sommes des vieux soixante-huitards renégats et tout ce que nous voulons c'est des petits moutons qui s'inquiétent pour leur avenir et qui marchent au doigt et à l'oeil. Je lui ai conseillé, à la place de la thèse, d'écrire un livre sur le même sujet (net-art et art contemporain), mais de l'écrire comme il le sent vraiment puisqu'il n'a plus à essayer de rentrer dans le moule universitaire. J'ai lu le début. On va gagner au change.
Vendredi 19 octobre
Tout va bien. Je suis toujours en train de me battre contre le pouvoir. Et je marque des points. Cest un combat qui rend heureux.
Samedi 20 octobre
Ramasser les feuilles mortes, écouter les derniers mp3 de Lonesome, préparer le repas, rappeler à Bill que c'est à son tour de mettre la table, écrire ce journal : comme dit un écrivain dont j'ai oublié le nom dans un Rebond de Libération, il y a quelque chose d'héroïque à s'occuper ainsi du quotidien lorsque le monde paraît tout prêt de s'embraser.
Dimanche 21 octobre
Les meilleurs livres sont ceux qu'on a déjà écrits dans sa tête. J'avais souvent tourné autour de"The Invisible Republic", le livre que Greil Marcus a consacré à Dylan et, plus particulèremen,t aux Basement Tapes. Mais je ne lis pas assez bien l'anglais. Et puis je ne connaissais que la version officielle, la partie émergée de l'iceberg. Entre temps, Lonesome est parti à la chasse aux MP3 sur le net et en a ramené des quantités de pépites. Denoël vient de publier la traduction. Chaque chose arrive en son temps. Je lis maintenant le texte en français tout en écoutant les complete Basement Tapes soigneusement compilées par Lonesome (qui a fait de jolies pochettes). Elle est pas belle la vie ?