lundi 19 décembre

Le cadeau est arrivé ! Vous avez vu l'épaisseur ? Ô joie infinie en perspective (pour parler comme les romantiques) : des heures et des heures de lecture à côté du radiateur !

mardi 20 décembre

La hype l'ignore ou la considère avec condescendance ? Plus aucun artiste ne la revendique ? Alors c'est le moment de l'avouer : oui, tout ce que j'aime relève de l'esthétique romantique. J'aime les héros romantiques : Bogart dans Casablanca (revu hier soir à la télé), Corto Maltese, le Debord de In girum immus nocte. Et si je regarde bien, ce que j'aime dans le rock, c'est sa dimension romantique (cheveux longs, quête de l'extase, redingotes et chemises à jabot, révolte contre le monde "raisonnable"). Et alors ? C'est quoi le problème ?

mercredi 21 décembre

Il faudrait expliquer à l'entourage, aux gens que l'on croise, et qui ont parfois l'impression que nous les voyons à peine. C'est que nous poursuivons des idées fugitives, fragiles comme les souvenirs de rêve qui se dissipent dès que nous tentons de leur donner consistance. Cela demande une forme d'attention latérale, de disponibilité ininterrompue. Ce qui explique l'air distrait, lointain (sans toutefois l'excuser totalement, je veux bien l'admettre).

jeudi 22 décembre

Le bilan 2005 ? Musique : le dernier Strokes (deux morceaux en écoute ici) va peut-être sauver l'année - la daube présentée comme le-disque-qui-va-sauver-la-pop (Arcade Fire) étant tout simplement inaudible. Cinéma : "DIG !", le film qui nous a révélé Brian Johnstone Massacre (total respect). Société : on retiendra les émeutes et le "dérapage" de Finky (comme symptôme). Livres : n'ayant pas lu, je crois, de nouveautés, je m'abstiens. Globalement, un cru un peu faible. On attend mieux pour 2006.

vendedi 23 décembre

En écoute ce matin au basement, The Clash from London to Jamaica. Tribute to Joe Strummer, qui chante ici comme un dieu, sur ce bootleg de rêve enregistré in Jamaica en 82. Toujours en train d'écouter ces vieilleries ? Euh, oui, je sais, il faudrait rester ouvert sur ce qui se passe ? Mais qui peut aujourd'hui rivaliser avec le Clash au sommet de sa forme? The Strokes ou The Libertines (pour citer deux groupes que j'apprécie beaucoup), ne sont que des petits poseurs à côté du "last gang in town". Et dans les petits jeunes de l'année ? Taper dans les mains et dire ouais ?

samedi 24 décembre

Aujourd'hui, à l'heure des fêtes en famille, un sujet léger : Hölderlin et la folie. Waiblinger, l'un des rares témoins de la vie recluse du poète - après la crise -, ne peut manquer de s'interroger sur les causes. Il voit d'abord un terrain dans la sensibilité excessive du jeune Hölderlin ("la douceur presque féminine de son âme"), son idéalisme (candeur, tendance à l'exaltation). Il note également une faille : l'humour - qui peut aider à mettre à distance certains aspects pesants, parfois brutaux, de l'environnement humain - lui fait défaut. Pour Waiblinger, l'entreprise de démolition de l'équilibre fragile du poète a commencé tôt, avec ses professeurs : "au lieu de se montrer capables de détecter chez l'élève chacune des vertus particulières, et de reconnaître les aptitudes personnelles de l'individu pour agir ensuite de telle ou telle manière appropriée (...), ils ne font aucune différence et poussent indifféremment tous les jeunes gens dans un même travail avec une même méthode, mécaniquement (...)." Que l'on se rassure, tout ceci se passait il y a bien longtemps, loin d'ici. L'éducation a probablement fait des progrès (et puis d'ailleurs, existe-t-il encore des jeunes poètes à casser, des rêveurs à formater ?).

dimanche 25 décembre

It’s not natural, normal or kind
The flesh you so fancifully fry
The meat in your mouth
As you savour the flavour
Of murder

No, no, no, it’s murder
No, no, no, it’s murder
Oh ... and who hears when animals cry ?

lundi 26 décembre

Socrate était végétarien et ne portait jamais de cuir ou de fourrure animale. Tout comme Pythagore, il soutenait que l’habitude de manger de la chair animale poussait les humains à la violence et aux guerres. Une bonne résolution pour 2006 : devenez végétariens - comme Fiona Apple, Voltaire, David Bowie, Franz Kafka, Leonard Cohen, Albert Schweitzer, Elvis Costello, Shelley, Bob Dylan (au fait, le livre de l'année, c'est évidemment Chroniques, Volume 1), Aldous Huxley, Chrissie Hynde, Schopenhauer, Morrissey, Rousseau, Susan Vega, et tous les membres historiques du GFIV.

mardi 27 décembre

Revu "Les liaisons dangereuses" (Stephen Fears). Bon film - et bien sûr, très grand livre. Il n'est pas interdit de s'interroger sur la descendance du libertinage dans la société postindustrielle. Le jeu libertin décrit par les auteurs du 18ème, on en chercherait en vain les échos aujourd'hui. Le mot a évolué. Il signifie maintenant "partouze petite-bourgeoise" (ainsi, on appellera "libertin" un club échangiste). La subversion aristocratique s'est transformée en un conformisme soft. Pourtant, tout ne se résout pas (encore) dans la consommation pornographique de masse. Mais, dans la mesure où il n'existe plus de rituel social pour la séduction et le libertinage (au sens du 18ème), les élans inavoués finissent en querelles ou en rivalités plus ou moins violentes et agressives (c'est de ce côté qu'il faut chercher, si l'on veut comprendre la cause de certains conflits absurdes en apparence).

mercredi 28 décembre

Une visite au supermarché qui aurait dû virer au cauchemar glacial, sauvée de manière imprévue par la découverte, au rayon livre, de 31 songs, de Nick Hornby. Rien de bien nouveau, juste le passage en revue de chansons marquantes pour l'auteur de High fidelity. Je ne connais pas la plupart des titres mentionnés, mais c'est le ton qui compte - et aussi quelques observations très justes sur le charme discret des chansons pop (surtout lorsqu'elles sont mélancoliques et parlent de ruptures amoureuses). J'ai découvert que Nick Hornby et moi avions un point en commun (en plus de l'âge) : le goût pour les premiers albums de Rod Stewart (et plus particulièrement pour les ballades style Mama you've been on my mind). Comme dit Hornby, "ça sert à ça, l'art".

jeudi 29 décembre

Le petit bouquin de Nick Hornby m'a agréablement changé les idées. Mais là, je vais replonger dans la nuit enchantée, c'est-à-dire dans mon anthologie des romantiques allemands. On y trouve des stars (comme Hölderlin, Novalis, Kleist), mais également des écrivains moins connus (exactement comme dans une bonne compilation de blues ou de ce que vous voulez). C'est tout le charme des découvertes, la rencontre avec des inconnus triés sur le volet et particulièrement bien entourés. Ludwig Tieck est un bon exemple. Cet auteur a beaucoup écrit mais est peu traduit chez nous (un livre chez Corti). Il est présent ici avec un conte initiatique (cabane au fond de la forêt et créatures fabuleuses cachées dans la montagne, comme au bon vieux temps de l'enfance). Il est également l'auteur de quelques réflexions qui valent largement ce que peuvent nous servir nos penseurs officiels. Ludwig Tieck à Schlegel, en 1800 : "Depuis longtemps la vie réelle avec tous ses événements flotte devant moi comme un rêve." On ne saurait mieux dire.

vendredi 30 décembre

Vrai matin d'hiver, comme dans les films américains.

samedi 31 décembre

Parler pour parler, écrire pour écrire. Pour Novalis, nous avons toutes les chances d'atteindre des choses importantes à travers l'exercice du libre bavardage. A l'inverse, ceux qui s'attaquent au langage dans le but de formuler parfaitement des vérités éternelles, ceux-là courent le risque du ridicule. Car le langage ne nous dit rien du monde extérieur : il ne renvoie qu'à lui-même et ne nous parle que du monde des mots (dont on ne sort pas).

dimanche 1 janvier

Ne vous laissez pas démoraliser. Ce n'est pas parce que le président a eu une année de merde qu'il faut généraliser. Par exemple ici, au basement du GFIV, tout va bien. Bill a déballé sa collection de comics; du coup, je relis du Crumb récent. A noter, dans la famille Crumb, on trouve maintenant la fille Sophie, que l'on avait vue grandir au fil de divers comix racontant la vie du couple Bob et Aline dans un petit village du sud de la france. Par contre, les Strokes ne sauveront pas l'année rock 2005 avec leur troisième album, puisque celui-ci sort officiellement le 2 janvier.

lundi 2 janvier

C'est un peu con, mais pourquoi s'en priver si cela peut faire plaisir ? Bonne année à tous : aux anciens, aux habitués, aux nouveaux, à ceux qui sont tombés ici par hasard, et même à ceux qui ceux que nous énervons. Ici, au GFIV, nous n'avons pas renoncé au programme initial (le renversement de la domination), mais comme cela peut prendre un peu de temps, nous avons décidé de rendre la vie agréable en attendant. Have fun !

mardi 3 janvier

J'aime bien cette idée d'un retour temporel cyclique, avec remise du compteur à zéro.

mercredi 4 janvier

Nous sommes condamnés à muter, par la force des choses. C'est le blindage, il n'y a pas d'autre solution. Les zones sécurisées, "amicales", où il est possible de déposer l'armure, vont incontestablement en se réduisant.

jeudi 5 janvier

Apperçu Mitterrand à la télé (difficile d'y échapper cette semaine). A un moment, on le voyait à la campagne avec des animaux; il était encore assez jeune, pas encore la momie de la fin. Et il disait : " Lorsque le mot est le plus précis possible, le plus exact possible, alors commence la poésie. Tout le reste n'est que bavardage, agitation de l'esprit."

vendredi 6 janvier

Rude journée en perspective. Je cherche un élan d'énergie pour me lancer. Je n'en trouve pas. Je vais devoir me contenter de la routine de la survie pour aujourd'hui.

samedi 7 janvier

C'est insidieux, sournois; vous ne voyez rien venir; vous pensez que vous êtes toujours maître de la situation et de vous-même, pourtant il n'en est rien. Le monde des sondages politiques, des "sujets de société" - toute la grisaille sans vie générée par la machine dite d'"information" - a fini par vous avoir. Les symptômes sont facilement identifiables : ennui, peur de la solitude, dépendance aux journaux télévisés, désintérêt pour la littérature et la poésie. Il existe bien des remèdes (et d'excellents!), mais ceux-ci sont plus efficaces lorsqu'on les garde secrets (désolée).

dimanche 8 janvier

Tieck à propos de Novalis : "Il lui était devenu naturel de considérer comme miraculeuses les choses habituelles et proches, et comme habituelles les réalités lointaines et surnaturelles.Il se mouvait dans la vie quotidienne comme au coeur d'un conte merveilleux (...)". Difficilement concevable aujourd'hui , non ?

 

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