lundi 14 août

Ecrire sur la musique, essayer de décrire son impact sur votre système nerveux, l'exercice perd de son utilité lorsqu'on peut envoyer directement le son. On ne parle pas à quelqu'un d'un disque qui vous a fait de l'effet si on peut le lui passer. On dit juste un truc comme "Ecoute ça! ". Et l'autre fait "Wouah!", ou plus calmement "En effet...", ou alors il reste indifférent (et on se dit qu'on perd son temps). Tout ça pour dire que je vais une fois de plus snober les facilités technologiques, continuer à écrire et essayer de ne pas abuser de la petite radio (en dehors du rituel dominical, bien entendu).

mardi 15 août

Ecrire de la prose le matin, c'est bien. Mais ce qui me plairait beaucoup, ce qui me remplirait d'allégresse, c'est d'écrire de la poésie. Je sais très exactement le genre de poèmes que j'aimerais voir sortir sur l'écran, rien qu'en tapant sur les touches de mon clavier. Quelque chose qui coulerait sans effort et qui ressemblerait assez à la poésie de Kenneth Rexroth.

mercredi 16 août

Au vu de certaines réactions, je me dis que je dois préciser ma pensée. Try again. Je ne fais pas l'apologie d'une petite radio personnelle. Je parle d'une possibilité technologique qui est disponible et dont je dis que je choisis de m'en passer. On est là pour lire, écrire, rêver à des choses absentes, mais pas pour se passer de la musique sans se voir. Quand on fait écouter un disque à quelqu'un qui est dans le même espace que vous, il se passe plein de choses - un peu comme le fait de picoler ensemble pour les poivrots ou d'échanger des bons plans de bourse chez les maîtres du monde. Mais faire écouter la musique en ligne, en terme de communication humaine, c'est zéro.

jeudi 17 août

Faut que j'arrête de tricher. Ce journal est censé être écrit le matin, en finissant ma grande tasse de café . Or, de plus en plus souvent, je me mets à écrire à n'importe quel moment de la journée, quand j'ai une idée, et ce n'est pas la règle du jeu. Il ne s'agit pas de noter les idées géniales qui me traversent, mais d'écrire à heure fixe, même lorsqu'il n'y a rien de particulier à noter. A partir de ce matin, on reprend les bonnes habitudes.

vendredi 18 août

8 h 35. Il faut regarder en face l'atmosphère de rentrée précoce, les divers petits désagréments liés au passage en mode "veille", le ciel couvert, les guerres moyenâgeuses, l'environnement avec lequel il faudra bien engager quelques tractations. Là, on fait moins la fière.

samedi 19 août

La fuite du temps, je suis contre. Surtout à partir du 20 août. Alors je vais freiner les choses, étendre l'instant au maximum. Slowly goin' down.

dimanche 20 août

" Je poussai la porte et elle s'enfonça vers l'intérieur avec un léger claquement. La pièce était sombre, mais un peu de lumière entrait par les fenêtres de l'ouest. Personne n'avait répondu à mon coup de sonnette. Je ne resonnai pas. J'entrai." Raymond Chandler, La dame du lac

 

Them - Here Comes The Night

lundi 21 août

Bill Terebenthine me signale un dossier spécial Robert Crumb publié dans le Guardian, à l'occasion d'une exposition. C'est très complet, avec interview du maître, témoignage d'Aline, rétropective de la carrière et récit d'une visite dans la maison-refuge. Je ne sais pas si ça va rester longtemps en ligne...

mardi 22 août

 

Quoi ? Pull my daisy de Robert Frank ? Kurt Schwitters ? Neal Cassady ? Si cela m'intéresse ? Ce blog est déjà un favori instantané du GFIV.

mercredi 23 août

Les anciens qui se penchent sur leurs souvenirs de jeunesse, c'est touchant. Moi, j'ai raté le festival punk de Mont-de-Marsan et je me demande encore comment j'ai fait. J'étais en vacances dans le midi à cette période et j'avais eu l'info dans Libération. Je devais remonter en stop en faisant un crochet par le festival. Que s'est-il passé ? Mes compagnons de voyage qui se sont dégonflés ? Aucune voiture pour nous prendre ? J'ai oublié. Toujours est-il que ça s'est fini en pleine Ardèche dans une ambiance affreusement baba. Toute cette affaire m'a laissé un sale goût d'occasion manquée. Mais bon, j'ai vu le premier concert des Clash dans une petite salle à la République (le Palais des Glaces) - et Patti Smith avec John Cale en première partie, ce n'était pas rien non plus. Je n'ai conservé aucun billet de concert qui permettrait d'authentifier. C'est bien moi, ça.

jeudi 24 août

Promenade le long de la mer, ce matin. La côte n'est pas très loin de la base secrète, finalement. Nous sommes là depuis une dizaine d'années et le réalisons seulement. Voilà ce que c'est de trop vivre dans les livres.

vendredi 25 août

"I'm going where the sun keeps shining through the pouring rain". Ce qui fait tout l'intérêt de cette phrase tirée de "Everybody's Talkin", c'est qu'elle décrit de manière prémonitoire la vie de son auteur Fred Neil, figure mythique du Village folk sixties qui quitta la scène au début des seventies pour partir s'occuper des dauphins. "Neil seemed like a curiously detached, bemused, occasionally overwhelmed observer, a country boy who wanted nothing more than to escape the big-city madness into his own private oasis" (Richie Unterberger ). Cette chanson figure en bonne place dans mon top 10 (j'allais écrire top 5, mais ce ne serait pas honnête car un top 5 est impossible à faire sans devenir fou rien qu'en pensant à tout ce qui ne peut y entrer). Cette chanson qui donne la chair de poule, je l'ai d'abord découverte dans la version de Harry Nelson qu'on entend au début de Macadam cow-boy. Et c'est ainsi que je suis remontée sur Fred Neil, qui reste étrangement peu connu. Surtout qu'il a écrit au moins une autre chanson sublime : "The Dolphins" (très bien reprise par Tim Buckley).

samedi 26 août

Je vais faire court. Un train à prendre. See you soon... (Au cas où je ne réapparaîtrais pas, je précise qu'il n'est pas dans mes intentions d'imiter Fred Neil)

dimanche 27 août

" Je me demandais si les jeunes filles que je venais de voir habitaient Balbec et qui elles pouvaient être. Quand le désir est ainsi orienté vers une petite tribu humaine qu'il sélectionne, tout ce qui peut se rattacher à elle devient motif d'émotion, puis de rêverie." Marcel Proust, A l'ombre des jeunes filles en fleurs

 

lundi 28 août

Idéal pour tuer le temps tout en peaufinant sa culture générale (je pense à ceux qui sont au bureau). Des listes, on en a vu défiler des kilomètres, mais celle-ci a tout pour séduire le plus blasé des fans des sixties. D'abord, elle est éclectique : rock, folk, rythm n' blues, mais également jazz bop et free (Monk, Coltrane et Ayler), un peu de chanson française, et même de la musique progressive (Terry Riley !). Le choix des chansons est bien vu. Les totems sonores comme "96 tears" ou "Louie Louie" sont là, mais aussi des chansons moins souvent citées. J'ai découvert plein de chanteuses et de groupes de soul. Les notices sont bien envoyées et les photos aussi. Seul le choix des premiers de la classe peut prêter à discussion - mais comment pourrait-il en être autrement ?

mardi 29 août

Difficile de dire quelque chose à propos de Modern Times. Je comprends tellement ceux qui ne peuvent pas le saquer et sont allergiques aux comportements irrationnels de ses fans, les jeunes qui n'en ont rien à foutre, ceux qui ne supportent pas ses croassements de tuberculeux, ceux qui ricanent devant ses réincarnations successives (ses errances ?) et se bidonnent franchement lorsqu'on leur annonce une nouvelle "renaissance". Le fan de Dylan a quelque chose de pitoyable, c'est vrai. Mais depuis l'année dernière, il est récompensé pour sa longue patience et ce disque est un cadeau agréable après une série de surprises inespérées.

mercredi 30 août

Je sens que ça se resserre. Ce qui reste devant ? Tout au plus un week-end prolongé. Oui, c'était de "bonnes vacances" - comme on dit sur les lieux de travail. J'ai renoué avec l'espace de la fiction, fait un voyage comme je n'en avais pas connu depuis la fin de l'enfance. On ne peut pas perdre sur tous les tableaux.

jeudi 31 août

"Pain killers", c'est la proposition que me fait l'un des nombreux spammeurs anglo-saxons qui mitraillent quotidiennement ma boîte à mails. Je pourrais en avoir besoin dans les jours qui viennent.

vendredi 1 septembre

Je sais que ça vient de l'enfance, de l'éducation, que ce n'est pas de leur faute, mais les optimistes me fatiguent. Je suis allergique à toutes les formes d'optimisme (volontariste, exhibitionniste, narcissique). D'ailleurs, je n'appelle pas ça de l'optimisme mais de l'auto-aveuglement.

samedi 2 septembre

Je plains les pauvres parisiens qui doivent, lors de chaque déplacement, passer devant des kiosques à journaux servant de support à la campagne Angot.

dimanche 3 septembre

"Pour cet instant, tout au moins, ils semblaient avoir renoncé à tout plan extérieur, à toute théorie, à tout code, même à l'inévitable et romantique curiosité l'un de l'autre ; et se contentaient d'être jeunes en toute simplicité et en toute pureté, de partager cette conscience de la douleur universelle, ce chagrin refluant devant le spectacle de notre condition humaine qu'on a tendance, à cet âge-là, à considérer comme une récompense ou une prime pour avoir survécu à l'adolescence." Thomas Pynchon, V.

 

 

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