lundi 27 mars

Enfin un forum digne d'intérêt. Le sujet en est la pochette rock. A ce propos, se souvenir que Warhol - à qui l'on doit les emballages parfaits de Sticky Fingers et de Velvet Underground & Nico - a commis vers la fin des années 70 une pochette assez foireuse pour un live inaudible de Jagger et sa bande. Sinon, je choisis Exile sans hésitation (pochette de Robert Frank), pour la liberté vis-à-vis des contraintes habituelles : absence de couleur, titres mal écrits à la main, images de cirque lynchien et bien sûr les quelques clichés du photographe des américains.

mardi 28 mars

Aujourd'hui, au lieu d'aller travailler, tout le monde regarde Top Of The Pops spécial Marc Bolan. Les salariés se mobilisent enfin pour le Glam Rock. Grève générale en hommage à T. Rex. C'est beau, tous ces cortèges qui chantent Get It On et dansent sur Jeepster !

mercredi 29 mars

Ouais, ça c'est du printemps! Tout pousse, tout croît, dans le jardin du basement. Hier, première petite sieste au soleil sur la terrasse (un peu de vent tout de même). Et le soir, enfin des infos marrantes.

jeudi 30 mars

Quand je pense que j'ai failli balancer ce mail, perdu au milieu d'une vague de spams aux noms zarbis . Je vous en livre un extrait, sans fausse modestie (c'est le GFIV dans son entier qui est plébiscité) :

"après avoir lu, vu et entendu ( pas encore tout ) ce que vous offriez, il y a trop d'impacts dans mon esprit pour que je ne réagisse pas... trop de noms qui évoquent tant de choses pour moi, je ne parle même pas des groupes ou des musiciens punk, rock, garage cités ( ils sont trop nombreux ), mais plutôt d'écrivains et de peintres; qui se soucie, tiens, de Constable, Manet, Cy Twombly, Bacon... je me le demande... qui essaie de voir par ex. les correspondances entre les Cramps et Michaux et de tant d'autres encore moins évidentes... alors que notre génération est faite de cette union des contraires ( je parle de ceux qui n'ont pas renoncé à la beauté et à la joie) et de cette quête, et je crois que l'étrange quatuor que vous formez ( ... ) n'a pas renié ses rêves et ses ambitions intérieurs... tant d'individus de notre génération ont baissé les bras ou versé dans le cynisme le plus abject."
Ce qui a attiré mon attention sur ce message ? Le titre ("ondes"). Alors si vous m'écrivez pour la première fois, et que vous ne souhaitez pas que votre message disparaisse sans être lu, choisissez bien ce que vous mettez dans la rubrique "objet". Au plaisir de vous lire. Et comme dit notre sympathique correspondant, bon courage "pour vaincre les zombies, les hommes en gris et les entités ( pas si ) extra-terrestres qui cherchent à prendre notre contrôle".

vendredi 31 mars

Chaque génération doit se coltiner les fantômes, plus ou moins remuants, de sa jeunesse. Les quinquas (et plus) ont leurs souvenirs de barricades et de voyages au Népal. Les quadras se remémorent les concerts punks (bière, cuir et rock n' roll). Les trentenaires doivent avoir les leurs, que j'ignore. Sans le souvenir de cette courte période, intense et sexy, le passage du temps serait plus discret, pratiquement indiscernable. Tout ça pour dire que s'il y en a parmi vous qui se lassent du feuilleton du CPE, qu'ils se disent que les jeunes font actuellement le plein d'émotions fortes.

samedi 1 avril

Rien à signaler...

dimanche 2 avril

Pour l'art comme pour le sexe, il faut distinguer ceux qui s'adonnent spontanément à ces activités et ceux qui en font un métier, une source de revenus (artistes professionnels, travailleurs de l'industrie du porno). Il en est de même pour l'activité politique. Comparez une assemblée spontanée de lycéens ou d'étudiants et une réunion politique au siège d'un parti.

lundi 3 avril

Ci-dessus, une vidéo des Cramps interrompue par une sorte de censure technologique. Entendu hier sur France Culture, Yves Michaud comparant M. de Villepin à un sous-préfet psycho-rigide qui publierait des plaquettes de poésies médiocres à compte d'auteur. Le côté dérisoire du personnage peu certes prêter à sourire. Mais mesure-t-on le tort qui a été fait aux "vrais" poètes (s'il en reste) ? "There are many here among us who feel that life is but a joke."

mardi 4 avril

Qu'on en finisse ! C'est bien joli, l'agonie d'un régime en décomposition, mais j'ai des responsabilités. Je dois aller à Paris acheter des livres pour tout le basement (de la philo pour Joe, le bouquin de Sheppard pour Pat, des BD pour Bill, et pour moi quelques romans à lire au soleil). Je ne voudrais pas me retrouver coincée devant la gare en feu, prise dans une charge de CRS ou attaquée par une bande en survêtements de marque.

mercredi 5 avril

En avril, lorsqu'il y a quelques éclaircies, j'aime à m'allonger sur le sol et somnoler au soleil comme le font les chats et les chiens. La posture n'est pas très orthodoxe, mais j'y vois un lien avec les pratiques de méditation orientales. J'ai mis au point ce rituel vers 14-15 ans et je l'ai maintenu jusqu'à aujourd'hui. Le soir, pour compléter le traitement, je vous conseille les premières démos des Byrds (une pure merveille).

jeudi 6 avril

Imaginons la chose suivante : quelqu'un (vous par exemple) qui s'amuserait à faire diverses expériences un peu hasardeuses avec son esprit,comme ça, pour s'occuper, pour voir. Et imaginons que l'un de ces trucs marche, par hasard au début, puis avec de plus en plus de méthode et de résultats. Que ferait-il de cette trouvaille ? Est-ce qu'il pourrait en parler autour de lui, avec ses collègues, en famille ? Bien sûr que non. Il s'exposerait à l'incompréhension, peut-être à la stigmatisation. Alors il est probable qu'il finirait par faire comme si cela ne s'était jamais produit. Il oublierait son "super-pouvoir" pour ne pas avoir à porter ce genre de secret qui le couperait de ses semblables. Et c'est ainsi que nous croisons probablement des tas de types qui se forcent à être moyens, anodins, et qui y parviennent parfaitement.

vendredi 7 avril

Je suis vidée, batteries à plat. Inutile de forcer, encore moins de s'inquiéter (Dans le genre, j'ai connu pire). Juste attendre que le cycle arrive à sa fin.

samedi 8 avril

J'ai retrouvé un cahier datant du début des années 80 où je notais des choses, un peu comme ici, mais sur des pages quadrillées, au stylo, et juste pour moi. Apparement, j'avais des problèmes de fric et une vie affective assez compliquée. Un des rares trucs récents que j'écoutais, dans cette époque globalement morose, c'était l'album des Dexys Midnight Runners avec son titre en forme de manifeste : Searching for the Young Soul Rebels (le reste du temps, c'était les early Stones, le troisième Velvet et les derniers enregistrements de Billie Holiday). J'écoute ce disque, là, en tapant ces lignes. Je comprends l'effet qu'il produisait sur moi : il me donnait la force pour affronter ce qui m'attendait. Et croyez-moi, il y avait de quoi avoir un coup de blues. A ce moment précis de mon existence, les disques cités m'ont sauvée. D'où ma dévotion, que certains pourront juger excessive, envers le rock n' roll.

dimanche 9 avril

Je prends vraiment mon pied avec ce bouquin. Formulé ainsi, j'admets que ça fait un peu "puéril" (comme me disait un jour un zombie-chef, avec une lueur inquiétante dans le regard). Le livre relate des scènes de la tournée de vétérants des sixties menée par Dylan à travers l'amérique vers le milieu des seventies. Ce qui fait la différence avec n'importe quel exercice de reportage "rock", c'est que Sheppard est un écrivain haut de gamme, doté d'un sens du détail photographique hallucinant (dans la lignée de Chandler, Hemingway, Bukowski). Mais attention : ce livre est réservé uniquement aux fans (Sur un forum, quelqu'un a écrit cette phrase : "To be a Dylan fan is a philosophy").

lundi 10 avril

Si l'on me demandait de choisir une autre vie, je dirais chanteuse des Detroit Cobras*.

* groupe garage issu, comme son nom l'indique, de la Motor City, et jouant des chansons style Ronettes avec le son du MC5.

mardi 11 avril

J'aime bien aller chez ma dentiste parce que je peux y lire le Figaro madame. Je suis tombée sur un numéro spécial intitulé "Génération rock". Très bien fait. Toutes les rubriques tournent autour de la thématique retour du rock. Depuis le shopping (des gadgets "complètement crazy" chez Colette) à la mode ( tous les looks, avec la fille de Keith en top model), en passant par les livres (article honnête) et les tendances de société. La grosse affaire, c'est que de plus en plus d'ados de bonne famille montent leur groupe de rock - c'est la folie parait-il dans les lycées privés. Le message adressé aux parents par l'équipe du figmad tout le long de ce numéro se veut rassurant. " Ne vous inquiétez pas si votre fils ou votre fille vous demande une Gibson vintage pour son anniversaire. Maintenant, on peut faire du rock tout en étant propret et sans sécher les cours; définitivement remisée au vestiaire, la rebel touch sulfureuse". L'apogée du phénomène rock est prévue pour cet été, selon les spécialistes. Après, on passera à autre chose. Jusque là, jeans serrés, vestes en cuir et lunettes noires sont encore totalement tendance. Le Journal de Jane également.

mercredi 12 avril

Syndicalistes boostés, socialistes apercevant une lueur d'espoir inattendue, une partie de la jeunesse qui découvre les charmes printaniers de la révolte. Au foot, on appellerait ça marquer un but contre son propre camp, et en tapant de toutes ses forces. Mais, au-delà du cas d'un homme victime de son ego (ce sont les parents qui sont responsables), c'est toute une conception de l'action qui est en jeu dans cette histoire. Je veux parler d'une certaine conception héroïque de l'action. C'est le mythe de l'épopée, brutale, menée à la cosaque, que l'on retrouve chez certains "capitaines d'industrie" aux trajectoires éphémères mais néanmoins catastrophiques. Sur ce sujet, on peut lire le philosophe François Jullien, qui a consacré un livre à la notion d'efficacité dans le taoisme et dans notre culture héritée des grecs.

jeudi 13 avril

Période de creux médiatique, en profiter pour regarder ce qui se passe dans le jardin.

vendredi 14 avril

Manoeuvre raconte ses plus grands concerts. Il y a "Bob Marley au Pavillon de Paris, là on a vu un shaman au travail. C’était la tournée Exodus et on croyait vraiment que le plafond de la salle allait exploser ! Tous les gens qui l’ont vu s’en souviennent." J'y étais. Et je m'en souviens. Pas clairement (c'est impossible), mais je m'en souviens comme un de ces moments où ce truc qu'on attend toujours (et qui vient rarement) est vraiment , réel, palpable et incroyablement intense.

samedi 15 avril

Let's have a break.

dimanche 16 avril

Si je vous dis que Nebraska est le seul disque de Bruce Springsteen que j'écoute (et encore, très rarement), vous comprendrez que je ne suis pas une fan hardcore du "Boss". Mais là, je dois avouer qu'avec ce disque, il déchire tout. Ces vieilles chansons, puisées dans le répertoire traditionnel, reposent dans une crypte dont Pete Seeger est un peu le gardien et Greil Marcus l'archiviste. Ces airs venus du fond de la nuit américaine, ces chansons transmises à travers le temps et qu'on a entendues parfois chez Dylan (sur les Basement Tapes, ou dans Good as I have Been To You), sont réanimés, repeintes de couleurs vives, mais avec des sons très roots (violon, banjo, accordéon, cuivres de fanfare New Orleans). C'est indescriptible (par moments, Bruce chante comme Tom Waits), et totalement jouissif (surtout quand les chœurs gospels partent à la verticale).

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