lundi 17 avril

J'étais tellement crevée que, pour le moment, je me contente de faire la sieste. Mais passée la phase de récupération, j'ai des projets grandioses pour ces vacances.

mardi 18 avril

Il y avait pas mal de rattrapage qui m'attendait dans le jardin. Résultat : début de vacances très actives. C'est seulement maintenant que je vais pouvoir souffler, regarder n'importe quoi et laisser le bon temps rouler. On est bien, là. Profitons de ce court moment de répit. C'est la première fois depuis longtemps qu'on peut décompresser sans avoir à affronter des menaces d'épidémie ou de guerre civile (à peine quelques risques de bombe iranienne : une bagatelle).

mercredi 19 avril

Qu'est-ce que la zombie-culture ? La zombie-culture consiste à être au courant, mais à distance, en évitant soigneusement tout contact non protégé avec des productions artistiques. Je ne dis pas que toutes les marchandises culturelles en circulation sont déstabilisantes pour les zombies, loin de là. Mais toutes les oeuvres fortes le sont, d'une manière ou d'une autre. Le zombie le sait. Il se planque derrière son livre de "culture générale", ses fiches bien rangées. Pour meubler les dix minutes de "libre discussion" qui précèdent le début des réunions de travail, c'est largement suffisant.

jeudi 20 avril

Qu'est devenu Frederic Duru ? C'était un "grand" lorsque je suis arrivée au collège. Toujours en train de mijoter un sale coup tout en riant encore de sa dernière blague. C'était le genre d'élève qu'on vient souvent chercher : "Duru, vous voudrez bien me suivre dans mon bureau." Un de ces durs qui fumaient en cachette derrière le gymnase et qui partaient vers le bureau du proviseur avec une élégante désinvolture. Vers la fin de l'année, le bruit a couru que Duru avait tourné dans un film (inutile de préciser que c'était un buzz énorme dans ce trou perdu). Le film, c'était Les zozos de Pascal Thomas, que je viens de revoir. C'est devenu un de mes films cultes (obligé). J'ai dû le voir trois ou quatre fois. La dernière, c'était sur une télé en noir et blanc. L'autre soir, je l'ai découvert en couleurs et c'était très beau (plans de campagne avec la végétation frissonnante). Du coup, j'ai réalisé à quel point ce film était un petit miracle en apesanteur, un pur moment de grâce. Indépendamment des souvenirs de cour de récré, du pull à col roulé rouge et de la mèche rebelle, je crois que ce film aurait objectivement mérité sa classification "culte", à côté de Mes petites amoureuses d'Eustache. Imaginez que Duru aurait parfaitement pu tourner dans une nullité ! Mais au fait, qu'est il devenu ? A ma connaissance, on ne l'a pas revu à l'écran ? Si quelqu'un dispose d'informations sur Frederic Duru, merci de me les communiquer (Lady Jane, GFIV Basement, France).

vendredi 21 avril

Avant qu'elles ne soient là, les vacances apparaissent comme quelque chose de merveilleux. Quand on est dans le jardin, occupé à scier du bois, arracher des mauvaises herbes, qu'il fait (enfin) beau et que l'esprit est au repos, c'est seulement "rien de spécial" - comme disent les maîtres zen.

samedi 22 avril

Les zombies vivent dans un monde fantomatique, généré par des textes, des circulaires, des règlements divers. C'est pourquoi on respire mal lorsqu'on est avec eux. Remarquez, ils peuvent vivre où ils veulent et comme ils l'entendent. Le problème, c'est que les zombies ne supportent pas qu'il y ait d'autres réalités que la leur. Ils revendiquent une forme de monopole de la réalité qui occasionne inévitablement quelques affrontements. Ceux-ci sont violents, mais feutrés. Le vrai sujet de dissension n'est jamais évoqué. Laissez croire aux zombies qu'ils ont gagné, que leur monde fantomatique vous a convaincu. Cela n'engage à rien.

dimanche 23 avril

Je pourrais laisser un peu les zombies. C'est comme tirer sur une ambulance. Mais ce n'est pas parce que leur organisation est en pleine déconfiture qu'ils ont perdu de leur capacité de nuisance. En règle générale, nous ménageons beaucoup trop les zombies alors que l'inverse n'est pas vrai.

lundi 24 avril

Je vais dispaparaître pendant une semaine. Où je vais ? Ailleurs (là où je suis d'habitude, en fait; mais sans avoir à faire l'effort d'en sortir).

Dernière minute : le vieux loner est de retour pour sauver le monde. Même si vous vous en foutez, liser cette chronique où il est dit ceci : "Rock and roll at its best has always been about rebellion".

lundi 1 mai

Non, je ne raconterai pas mes vacances. Je réalise que je n'essaie même pas de décrire ce que je vois. Je ne fais pas confiance au langage pour ça. Pourtant, c'est important, ce qu'on peut appréhender par soi-même, ce dont on fait directement l'expérience. C'est même la seule chose dont on puisse être à peu près certain. Tout le reste est suspect ("Don't need no more lies", chante Neil Young dans "Let's Impeach the President" ).

mardi 2 mai

"...je crois vraiment aujourd’hui que la fiction est le meilleur moyen de révéler des choses fortes et importantes."(Denis Robert)

A propos de "machinstream" (comme dit Joe), plus intérressant que le combat de coqs auquel assistent les journalistes fascinés, il y a l'usage de la fiction.

mercredi 3 mai

Réveil difficile. J'ai un peu retravaillé. Ce n'est pas si terrible que ça. Mais il faut se lever tôt...

jeudi 4 mai

Le dicton du jour : "Agir avec précaution et discrétion, comme un officier des services spéciaux menant une enquête aux allures de complot dans un univers de double langage où le mensonge est une arme ordinaire."

vendredi 5 mai

On ne peut pas échapper à l'ici. L'espace est une loi incontournable. La grande affaire, c'est le maintenant : demeurer dans l'instant. Pas dans une succession d'instants (ce qui serait toujours de la durée, avec un avant et un après). Demeurer dans l'instant, lorsque rien ne dépasse dans quelque direction que ce soit. Vous pouvez toujours essayer. Cela ne demande pas un effort surhumain et on peut revenir aux affaires courantes à tout moment.

samedi 6 mai

Le vrai scandale du feuilleton Clearstream, c'est la faiblesse du scénario. Il ne suffit pas d'avoir un bon titre à consonance internationale et de ressortir les vieux clichés sur les barbouzes. L'intrigue est inutilement compliquée, difficile à suivre. Et puis, les méchants sont tellement dénués de complexité humaine qu'il est bien difficile de s'intéresser à leurs coups bas, donnés et reçus. Pas une séductrice sulfureuse à l'horizon, aucune star de cinéma fascinée par le pouvoir, pas de rumeurs de partouzes compromettantes ( l'Affaire Markovic, dans la même catégorie, avait plus de souffle).

dimanche 7 mai

Globalement, les français n'ont pas envie de savoir. Ils connaissent déjà les méthodes en vigueur dans leur bureau, leur entreprise, leur administration. Lorsqu'ils allument le vingt heures, c'est pour voir autre chose.

lundi 8 mai

"...des regrets j'en ai jamais eu car je ne me suis jamais ennuyé."

Jean-Michel Mension , qui vient de mourir (selon Infozone, info relayée par le Blackblog)

mardi 9 mai

Que sont devenus les oiseaux migrateurs ? Nomalement, en cette saison, on les voit remonter le long de la rivière. Cette année, rien. Pourtant, les oiseaux migrateurs se remarquent, ces temps-ci. On les attendait même avec une certaine appréhension. Fallait-il enfermer le chat du basement ? Que faire si on trouvait un oiseau mort dans le jardin ? Mais tout ça, c'était avant l'éradication du virus de la grippe aviaire à l'aide de la seule arme efficace : le silence médiatique. Et si ce blocus s'accompagnait d'une opération de grande ampleur visant à détourner les oiseaux de leur trajectoire pour préserver l'Europe ? Les empêcher de partir paraît plus difficile, mais une déviation massive peut paraître crédible (ondes, avions, radars, etc...). Quelle est la situation en Afrique, où l'épidémie paraissait pour le moins difficile à contrôler ? Et si le virus n'était qu'une manipulation de masse ? Une fiction reprise et amplifiée par tous les réseaux du pouvoir (police, armée, journalistes) ? Allons ! Il s'agit d'un pur scénario de film d'espionnage ou de science fiction. Aucun rapport avec la réalité.

mercredi 10 mai

Ici, dans l'instant, vous êtes inatteignable, totalement out of control (même si vous possédez un compte à la Sowa Bank).

jeudi 11 mai

J'annule ce que j'ai dit à propos de l'affaire Clearstream. Le scénario n'est pas faible du tout. C'est même, de jour en jour, un chef-d'oeuvre à tiroirs d'une richesse inépuisable. On pourrait déjà en tirer plein d'analyses passionnantes sur le fonctionnement réel du pouvoir (mais cela n'intéresse plus les intellectuels depuis le mort de Foucault et les journalistes en sont totalement incapables). Nous évoquerons juste le corbeau. On sait que la délation anonyme et la "rumeur qui tue" sont des traditions bien française (souvenons-nous des sacs de lettres de dénonciation spontanée s'entassant dans les caves de la gestapo et que les nazis débordés ne se donnaient même plus la peine d'ouvrir). Cela me rappelle aussi le corbeau de l'affaire Vuillemin. On en avait conclu un peu hâtivement à l'époque qu'il s'agissait de méthodes typiques d'une certaine ruralité. Erreur corrigée grâce à notre feuilleton de politic reality national. Maintenant, la question est : va-t-il y avoir des morts mystérieuses comme dans les affaires gaullistes ?

vendredi 12 mai

Et en plus, c'est éducatif ! On a l'impression de mieux comprendre l'économie, je trouve.

samedi 13 mai

Tout le monde comprendra que l'on ressente le besoin de changer d'air. Pour ceux qui vivent quotidiennement dans l'univers entr'aperçu à l'occasion de cette affaire, c'est la vie normale - c'est même l'hyper-réalité réservée à l'élite et aux décideurs. Ceux qui pourraient éprouver des regrets de ne pas faire partie du club pourront ainsi se faire une idée plus précise de ce qu'ils ratent. Certes, il y a les palaces, les call girls et la coke; mais ça flingue plus qu'au bureau.

dimanche 14 mai

Le genre de moment que j'aime bien : vous attendez un mec qui doit passer pour s'occuper de la tondeuse du basement, mais sans horaire précis. Impossible de vous brancher sur quelque chose, votre attention est perturbée à cause de cette vague attente. Vous glandez dans le salon et soudain, sur une impulsion, vous décidez d'écouter un vieux disque des Faces. On se demande comment Rod Stewart et Ron Wood ont fait pour se dégrader à ce point sur le plan musical alors qu'ils étaient si bons au début des seventies. La réponse est à chercher du côté de Ronnie Lane, musicien discret et talentueux qui officia un temps chez les Faces. Quand ce type pas glam pour deux ronds est parti, fatigué des guerres d'égo entre les deux autres, c'en était fini, la magie était envolée.

Finalement, la tondeuse tourne très bien. Elle avait juste besoin d'une vidange.

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