lundi 30 juillet

Ma nouvelle page est tellement belle que j'ai presque envie de la laisser comme ça. Même si c'était la photographie d'un anonyme, ce regard qui vous traverse de part en part vous frapperait directement derrière l'écran.

mardi 31 juillet

 

Je prends des notes pour un scénario. Bill a un peu trop tendance à partir en free style dans ses comics, alors j'ai décidé de prendre les choses en main. J'avais l'histoire dans les grandes lignes mais il me manquait la fin. Or, tous les manuels de scénaristes s'accordent sur ce point, il faut avoir la fin avant de commencer à écrire. Rien ne venait, comme si la scène finale s'était trouvée derrière une épaisse glace pleine de buée, impossible à essuyer. Hier, après avoir passé la matinée dans les vapes, j'en ai eu marre. Et tout d'un coup, la fin m'est venue d'une traite. That's why I feel so good.

mercredi 1 août

Je ne voudrais pas la ramener avec ma joie momentanée. Je supporte mal ceux qui vivent de "véritables contes de fée", des "rêves éveillés" en permanence (je ne citerai pas de noms, mais à ce stade d'euphorie perpétuelle on peut soupçonner le dopage). J'ai des hauts et des bas, et c'est bien comme ça. Je ne cherche pas à le masquer. Pourtant, lorsqu'il m'arrive de relire des passages du Journal, je ne trouve pratiquement aucune trace de ces états passagers que les anciens appelaient l'humeur. La voix qui se faufile ici par l'intermédiaire des mots semble venir d'une zone insensible aux fluctuations quotidiennes. Quand je vous disais que le langage était une drôle de chose.

jeudi 2 août

 

Souvenirs de films, d'émotions cinématographiques, de plaisir esthétique et - ce n'est pas le moins important -, d'un sensualisme raffinée. Il faut rappeler que je ne suis pas du tout cinéphile. Je n'aime pas "le cinéma" en bloc, mais juste quelques films, quelques réalisteurs. D'où des choix éclectiques et assez peu défendables ( par exemple, le cinéma de Bergman m'indiffère). L'Antonioni de la fin (en gros, depuis les années 80) est mystérieux comme son univers cinématographique : disparition, philosophies indiennes, retour désenchanté, retrait hors du monde, aphasie. Puis plus rien, juste les femmes et le silence.

vendredi 3 août

 

Ah oui, pendant que j'y pense, cela fait déjà un moment que je souhaitais déclarer mon amour pour Amy Winehouse. J'ai eu un choc lorsque cette voix soul est sortie de mon téléviseur (c'était pendant un docu sur le festival de l'île de Wight). Je m'attendais vraiment à voir une chanteuse black. Et là je tombe sur cette petite blanche avec une choucroute sixties et une street class incroyable. J'adore sa voix, mais j'aime aussi beaucoup la voir bouger quand elle chante. C'est la raison pour laquelle j'ai choisi cette vidéo où elle est assise dans son fauteuil. Une bonne leçon de retenue et de style.

Samedi 4 août

J'aime bien cette couv' du Point. C'est franc, direct, avec une légère trace de critique interne. C'est Pop. Cela me rappelle le début des années 80, mais en plus cool-cynique, en plus warholien. Les réactions qui apparaissent en commentaire sur ce blog montrent que les anciennes lunettes ne permettent plus de comprendre ce qui se passe. Baudrillard n'est plus là pour nous proposer ses Rebonds, mais les faits semblent exemplifier ses thèses de manière presque caricaturale. La question n'est plus aujourd'hui de se demander jusqu'où peuvent descendre les journalistes, mais bien plutôt quel coup de bâton réveillera subitement les spectateurs.

dimanche 5 août

 

lundi 6 août

Tribute to the "silent poet". Arte a la bonne idée de passer L'Avventura . Je regarderai ce soir en solo parce que je ne supporte pas de sentir des gens s'ennuyer autour de moi pendant un film d'Antonioni. De tous ses films, c'est peut-être le plus radicalement vide - et donc un des plus purement antonionien. Je préviens bien avant pour pas que vous m'en vouliez ce soir en disant "C'est à cause de Jane".

mardi 7 août

"Je n'ai rien à dire et je suis en train de le dire." John Cage

mercredi 8 août

J'ai pu croire, pendant de courtes périodes, que c'était gagné, que j'avais définitivement basculé de l'autre côté d'une barrière symbolique. Mais je me suis toujours fait avoir par surprise. Il suffisait de peu, un riff à la radio, une pochette de disque, pour que je replonge. N'y a-t-il donc aucun remède ?

jeudi 9 août

Je suis dans mon lit, l'ordinateur sur les genoux, et je me demande ce que je vais pouvoir écrire dans le Journal. Je sais par expérience qu'en terme de contenu, lorsque ça se passe ainsi, c'est plutôt mal parti. So what ? Où est le problème ? L'intérêt de l'écriture (et de la lecture) ne réside pas dans ce qui est désigné, mais dans le langage lui-même. La ponctuation, par exemple, peut procurer d'intenses satisfactions. Il n'est pas nécessaire de délivrer des informations et encore moins des "vérités". Je ne crois pas à une correspondance entre le langage et "les choses telles qu'elles sont".

vendredi 10 août

Le Jane Sweet Show

Spécial Bob Dylan

 

Outtake du mythique Don't Look Back, avec Grossman et Baez..

 

Idiot Wind en 76. Chiffon d'émir sur la tête, Dylan chante comme si la destinataire de la chanson était dans la salle.

 

Avec the Band en 66 : Ballad Of A Thin Man. Sur YouTube, un mec a écrit : "C'est pas les arctic monkeys qui nous ponderaient (sic) une chanson de malade comme ça". Comparons ce qui est comparable.

samedi 11 août

Il y a un gros buzz autour du film I'm not there. Bob sera joué par six acteurs différents, dont une fille. Le projet est assez excitant, on attend de voir ce que ça donnera à l'écran. Et même si le film s'avérait décevant, il restera toujours la bande originale. Avec tout ce beau monde, on peut compter sur quelques reprises réussies.

dimanche12 août

 

lundi 13 août

L'autobiographie ne constitue pas un progrès par rapport au récit d'aventure "à l'ancienne". Entre un pleurnichard qui vient me raconter son enfance de merde (avec "beaucoup d'humanité", comme il se doit) et des héros (qu'on ne voit jamais faire caca ou en train de se masturber) luttant contre un élégant et diabolique méchant, je n'hésite pas un instant.

mardi 14 août

Ben alors ? Ils sont passés où, les "résistants" de la première heure ? En vacances à Ibiza ? Déjà découragés par l'habileté médiatique du méchant ? Faut pas baisser les bras aussi vite, les gars !

mercredi 15 août

En surfant, je suis tombée sur le blog de FOG qui m'a mise de bonne humeur (malgré la date, la pluie et un mal de dos). Ce post en lui-même est déjà assez marrant . Mais le plus drôle, ce sont les commentaires, entièrement parasités pas des messages qui sentent le second degré, dans le style Brave Patrie. Extrait : "La gauche aime les "minorités" quand elles dansent sur des musiques lascives, surtout quand ce sont de jeunes filles en décolleté. La droite aime les minorités quand elles travaillent. Le travail rend l'homme digne, pas le désir sexuel. La preuve : dans les clips des chanteurs de gauche, on ne voit que des filles à moitié nues, alors que le clip de Faudel est très joli, très correct. " Le gag, c'est qu'on ne peut pas savoir si c'est de l'humour ou si les fans de FOG sont comme ça.

jeudi 16 août

Si on souhaite avoir quelque chose de clair à dire à propos de Franz Kafka lors d'un dîner ou d'une réunion de travail - le genre de propos qui suscite un petit sourire entendu -, alors mieux vaut ne pas ouvrir ses livres. Les mots comme "angoisse" et "absurde", si souvent rebattus, ne rendent pas du tout compte de son écriture à la fois distante et compatissante, résignée et moqueuse. Les situations décrites pourraient à la limite être considérées comme "angoissantes" ou "absurdes". Mais lorsqu'on lit Kafka, on constate que lui ne les décrit pas ainsi. Dans Amerika par exemple, Karl (le personnage principal) est plongé dans un cauchemar ordinaire dont personne ne semble remarquer l'horreur. Les injustices subies sont banales (mauvaise foi familiale, jalousie de petit chef, etc.), mais leur accumulation finit par provoquer un effet humoristique assez étrange dont il vaut mieux éviter de parler à table.

vendredi 17 août

Quelques raisons pour lesquelles je ne pars pas (alors que j'en ai largement les moyens) : pas envie de me retrouver dans le rôle du touriste, pas envie de prendre l'avion (effet de serre), pas envie de visiter la misère (mendiants exotiques) ou les mégapoles hypermodernes genre Tokyo (un must), hantise de la promiscuité (dans les hôtels, les moyens de transport, les musées etc.), pas besoin de fuir le basement (calme, silence, beauté), pas envie d'obéir aux injonctions et d'aider au redressement de l'économie.

samedi 18 août

Sur le plus beau blog du monde, une série d'images en forme de tribute à celui sans qui le monde aurait probablement été plus ennuyeux (et aussi un petit coup de chapeau à Max Roach dans la foulée).

dimanche 19 août

 

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