lundi 14 janvier

Certains semblent s'étonner des rires complaisants, de l'individualisme pétochard qui empêche de reprendre la question à laquelle il n'a toujours pas été répondu clairement. Pourtant, je ne vois là que le comportement ordinaire de courtisants face au pouvoir (Chamfort décrit des attitudes étonnement semblables et tout aussi méprisables). Sur le rôle et la place des journalistes dans notre société, je renvoie à Bourdieu (Sur la télévision) et Halimi (Les nouveaux chiens de garde), deux petits livres qui n'ont pas pris une ride. J'ajouterai qu'on peut aisément imaginer les mêmes journalistes, dans une situation ne comportant cette fois aucun risque, formant une meute avide d'en découdre et sans aucune pitié. Désolée pour ces considérations quelque peu nauséeuses, il fallait que j'expulse. Quelques raisons d'espérer : la crise mondiale du capitalisme, c'est peut-être pour cette année (si l'on en croit Rocard); c'est aussi l'anniversaire d'un événement qu'on veut à tout prix nous faire oublier. What's more ? On annonce un nouvel album studio de Bob Dylan.

mardi 15 janvier

Je traverse une drôle de période où les choses se réalisent sans grand effort et, ce qui est le plus curieux, avec le concours amical de diverses personnes. Je dois m'adapter à cette situation, oublier les trahisons et les coups bas pour accueillir cette entraide en laissant de côté la méfiance née des expériences antérieures.

mercredi 16 janvier

Images. Quelques extraits de Don't Look Back - Outtakes, qui vient d'arriver au basement.

Fashion. Ceux et celles qui avaient investi dans un t-shirt "La Honte" en 2002 peuvent le ressortir de l'armoire. Il est raccord, il suffit de lancer la hype.

Books. J'ai envie de lire ça.

jeudi 17 janvier

Nick Hornby a adoré I'm Not There ("the best film about a musician, or indeed any artist, that I can think of"). La nouvelle est amusante car Nick Hornby était encore il y a peu un non-fan absolu qui regardait les Dylan freaks comme les membres d'une secte bizarre (voir le livre 31 songs, chez 10-18).

vendredi 18 janvier

Aucun événement remarquable à signaler, mais une sorte de flux qui vous entraîne irrésistiblement à travers les décors et les interactions, sans heurt et sans accroc.

samedi 18 janvier

Le samedi, j'aime bien me trainer comme une épave avec une noble excuse pour ne rien faire de consistant : la fatigue provoquée par une rude journée de travail.

dimanche 19 janvier

"Le christianisme est précisément la religion par excellence parce qu'il expose et manifeste, dans sa plénitude, la nature, la propre essence de tout système religieux, qui est l'appauvrissement, l'asservissement et l'anéantissement de l'humanité au profit de la Divinité. Dieu étant tout, le monde réel et l'homme ne sont rien. " Michel Bakounine ( Dieu et l'État )

 

lundi 21 janvier

Je revendique une forme d'ultra-scepticisme dans la sphère privée et m'en tiens à une cohabitation tolérante avec les croyances qui structurent les groupes sociaux que je traverse dans la sphère publique. Nul besoin de manifester un non-attachement envers les croyances socialement construites (épanouissement dans le travail, bonheur dans la consommation, etc.). Si celles-ci doivent aller un jour dans le mur en tant que croyances fausses, elles le feront inévitablement - et ce indépendamment de la manifestation de notre point de vue. Ici, dans le Journal, je parle uniquement de ce qui me paraît important au moment où j'écris. Comme par exemple, le fait que personne ne se soit attaqué à Subterrean Homesick Blues sur la BO de I'm Not There.

mardi 22 janvier

Exemple de croyance collective qui me pose problème : l'âge envisagé d'un point de vue normatif. Cela ne m'a jamais convenu et je ne connais même pas le programme prévu pour ma tranche d'äge. Comme pour le reste, j'ai essayé de rentrer dans la norme à une époque mais n'ayant jamais réussi à atteindre un résultat satisfaisant, à la longue, j'ai fini par abandonner.

Intro:

E A F#m
E A F#m

B
Gonna break out of this city
A E

Leave the people here behind
B
Looking for adventure
A E
Is the type of life you'll find
F#m G#m
Tired of doing day jobs
A B
With no thanks for what I do
A G#m
I'm sure I must be someone
F#m E
Now I'm gonna find out who

A B E A E
Why don't you ask them what they expect from you
A B E A E
Why don't you tell them what you are gonna do
F#m G#m
You get so lonely
A B
Maybe it's better that way
A G#m
It ain't you only
F#m E
And we've got something to say

E A F#m
Do anything you wanna do
E A F#m
Do anything you wanna do

mercredi 23 janvier

On commence plutôt bien l'année avec "Thunder on Wall Street". Bon script, trépidant, rythmé (le coup de la fausse remontée est bien vu). Christine fait référence à une économie "réelle" qui serait comme détachée et finalement indépendante des marchés financiers. La crise du capitalisme serait donc d'abord sémiotique (crise de l'économie symbolique du signe). On pense tout de suite à Jean Baudrillard qui se serait, n'en doutons pas, beaucoup amusé. Comme quoi on peut faire la chasse aux bootlegs des Stones et s'intérresser à la situation. Au fait, si jamais vous voyez passer le "Stones live in Detroit 78", n'hésitez pas. Un show trépidant que Ron Wood ne parvient pas à gâcher. Keith découpe quelques solos nerveux à la tronçonneuse tandis que Mick, piqué au vif par les jeunes punks qui voulaient l'enterrer, retrouve une certaine authenticité rock. On sait que c'était la dernière fois, et c'est encore plus beau.

jeudi 24 janvier

"On a l'impression que plus rien n'a vraiment lieu, plus rien ne parvient à trouver son but, son objectif, sa fin, que toutes les choses sont un petit peu confuses." (Baudrillard) On croirait entendre un trader stressé par les soubresauts du marché "devenu fou", comme disent certains commentateurs.

vendredi 25 janvier

 


Le problème, ce n'est pas l'éloignement du réel dans un processus de virtualisation. Le truc qui nous plombe gravement, c'est la disparition de l'illusion dans nos échanges avec le monde. "Nous avons en quelque sorte forcé le monde à devenir réel.". Le Casino de Paris en 83 ? J'y étais. Il y avait des longueurs, mais cette chanson-là, elle était vraiment pas mal.

samedi 26 janvier

Too much monkey business for me. Il est temps d'interrompre le flot en provenance du monde hyper-réel. Il est temps de reprendre notre rêverie exactement au point où nous avons été interrompus. C'est une question de survie.

dimanche 27 janvier

 

lundi 28 janvier

Comme chacun a pu le constater, je ne suis pas frénétique de la nouveauté pour la nouveauté. Il m'est arrivé d'être totalement en phase avec mon temps et c'est un sentiment irremplaçable (un peu comme tomber amoureux). Mais si l'époque ne génère pas de grandes satisfactions, alors il convient de se tourner vers les œuvres du passé. Il n'y a pas de progrès en art, c'est aujourd'hui un fait acquis. La nouveauté ne devrait donc disposer d'aucun privilège et la vieillerie d'aucun discrédit a priori.

mardi 29 janvier

 

La stupéfaction peut-être provoquée par une overdose de laideur physique et morale. Par exemple, dans la même journée, vous pouvez voir plusieurs fois un directeur de banque véreux et plusieurs politiciens qui le couvrent. Cette accumulation de laideur, accompagnée par des chiffres incommensurables répétés en boucle, provoquent chez le spectateur un état de prostration. Le seul remède consiste à plonger la victime dans un bain de beauté esthétique d'une puissance égale ou supérieure. C'est l'expérience que nous tentons aujourd'hui.

mercredi 30 janvier

Un peu de poésie dans un monde "devenu fou" qui "marche sur la tête".

Music-box

un reste de café au fond
de la tasse vide dessine
un smiley dans le genre de ceux
qu’on voyait durant les années quatre-vingt
sur les cachets de méta-amphétamine
il est dix heures quatorze
dans son bureau Tim sent monter en lui
l’envie de faire un geste
stupide comme onduler
du bassin contre la photocopieuse
tout en chantonnant Smack my bitch up

Thomas Vinau

Ce poème, je l'ai trouvé ici. Il y en a plein d'autres vachement biens.

 

jeudi 31 janvier

J'aime la poésie et toutes les fois où je lis un (bon ) poème, je me dis que je devrais en lire plus souvent. Par contre, je n'ai pas le souvenir d'avoir écrit une seule fois quelque chose qui ressemble à un poème (pas même à propos d'une romance ou d'un chagrin d'amour). Ce n'est pas mon truc, tout simplement. Ce qui me vient spontanément, c'est cette forme de prose très courte qui ne se rattache à aucun genre répertorié. Cela me convient parfaitement. J'écoute une reprise improbable de Walk On The Wild Side superbement interprétée par les Clash. I'll remember you, Joe.

vendredi 1 janvier

"L"essence du rock n' roll". Tiens, c'est marrant, je me disais la même chose pas plus tard qu'avant-hier soir à propos de Jimmy Reed dont la voix sortait du jukebox aléatoire du basement. Sans oublier la modernité du jeu d'harmonica minimaliste.

samedi 2 février

Si Kafka était vraiment l'employé de bureau parano et flippé des clichés culturels, le lire ne présenterait que peu d'intérêt. Heureusement, on découvre quelqu'un de très différent. Je n'irais pas jusqu'à prétendre que Kafka est un gros rigolo, même si on connaît l'anecdote selon laquelle il éclatait souvent de rire lorsqu'il lisait ses textes à ses amis. Kafka est ironique en permanence. Son ironie est directement dirigée contre l'autorité sous toutes ses formes et contre l'esprit de sérieux inséparable de cette autorité. Autre surprise : les corps vibrent. Les passages qui ont trait au désir sont brefs, mais intenses. "...Il l'attira contre lui, l'embrassa sur la bouche puis sur tout le visage, comme un animal altéré lape l'eau d'une source enfin découverte. Enfin il l'embrassa sur le cou, à la hauteur de la gorge, et laissa ses lèvres s'y attarder longuement." (Le Procès)

dimanche 3 Février

"Car la mesure en la jouissance dépend du plus ou moins d'application que nous y prêtons." Montaigne, De l'expérience (Essais, Livre 3)

 

free music

 

next

Index-1-2-3-4-5-6-7-8-9-10-11-12-13

 

__________GFIV.net_____________