lundi 10 septembre

En regardant cette vidéo, j'ai découvert beaucoup de points en commun avec Lucien Suel. Citons le rock comme premier choc esthétique et comme entrée dans la culture; le passage par les écrivains beat, le punk et Dada. Il y a aussi la vie à la campagne, la bibliothèque, le jardinage et le web. Mais il faut absolument mentionner ce phénomène étrange : le fait qu'avec l'âge, comme dit Lucien Suel, on devient "de plus en plus rock n' roll" (un peu comme Phil Spector, en fait).

mardi 11 septembre

Je me souviens avoir acheté ce numéro en sortant du lycée Janson par un après-midi maussade. J'ai couru m'enfermer dans ma chambre et je l'ai dévoré de la première à la dernière ligne. Comme beaucoup, mon esprit est en partie occupé à tourner sur des souvenirs d'Actuel, l'"ancien", celui qui nous faisait rêver au début des seventies. Un conseil : n'essayez pas d'en ouvrir un, vous découvririez à quel point c'était mal écrit, bâclé, approximatif. Mais peu importe. Ce qui compte, c'est qu'on pouvait vibrer, se projeter dans un monde désirable et excitant. Ce vent du large que nous apportait la bande à Bizot dans la France pompido-giscardienne, quelqu'un pourrait-il nous en donner un équivalent aujourd'hui ? Ceci est un appel.

P.S. : L'allusion à Phil Spector, c'était juste un essai d'humour rock peut-être pas si rigolo que ça, j'admets.

mercredi 12 septembre

Je prie pour que mon ordinateur ne plante pas. C'est devenu le juke box idéal. Chaque chanson qui démarre provoque une petite secousse agréable. Un imposant fond Delta Blues constitue le soubassement de la machine. Les copieuses archives Sun Records et la Soul sixties, c'est la partie classique. On trouve aussi quelques bootlegs remastérisés avec un son incroyable, beaucoup de garage bands et même quelques petits nouveaux. Parfois je lève la tête et je me dis : "Tiens! C'est quoi, ce truc ?". C'est tout le charme du juke box géant.

jeudi 13 septembre

Il n'y a pas de sots métiers mais certains sentent mauvais. Aujourd'hui : rédacteur de la page d'accueil d'Orange. Chaque fois que je veux consulter mes mails, je dois passer par cette page qui me donne la nausée. Il faut pourtant, ne serait-ce qu'une fois, prendre le temps de la lire pour mesurer le mépris dans lequel on y tient le lecteur-consommateur. En dehors des rubriques incontournables de l'aliénation (people, minceur, télé), la majeure partie des "articles" sont des liens promotionnels maladroitement masqués en "bonnes idées" qu'un copain vous refilerait spontanément, par pure générosité. Ok, il faut se résoudre à survivre dans un monde marchand où tous les coups sont permis. Mais pourquoi ce ton crétin, cette niaiserie digne de la presse féminine des années 50 ? C'est ça, le capitalisme cognitif ? Comme si une véranda ou un jeu vidéo allait faire paraître "malin" son propriétaire aux yeux de ses proches qui baignent dans le même bain de consommation frustrante et déceptive. J'attends la publication des confessions d'un rédacteur de la page d'accueil d'Orange pour savoir comment on vit en accomplissant ce genre de besogne.

vendredi 14 septembre

Parmi les témoignages sur Jean-François Bizot, relevé celui-ci : "Son dernier projet, c’était un magazine pour les vieux lecteurs d’Actuel. Il avait trouvé le titre : Si Senior."

samedi 15 septembre

Redemption songs. De temps en temps, lorsque je sais que personne ne peut m'entendre, je prends la guitare de Lonesome Pat et je chante pour "chasser mon blues au loin", comme dit une expression sans équivalent dans la langue française. Mon répertoire est restreint : deux ou trois titres. Je commence généralement par That's All Right Mama, qui marche à tous les coups. Le texte y est probablement pour quelque chose. Chanter que "tout va bien", c'est comme un mantra qui agirait directement sur l'esprit. Mon grand regret est de ne pas appartenir à un groupe. En ce moment, j'aurais aimé faire les choeurs avec Herman Düne, jouer du tambourin et chanter quelques chansons limpides et velvetiennes comme Orange Hat (sur Not On Top).

dimanche 16 septembre

 

lundi 17 septembre

J'avais parlé d'une tentative de survol de la maison où j'ai grandi via Google maps. Une expérience étrange. L'impression d'être en exil dans le ciel et en même temps, le sentiment très sécurisant d'être hors d'atteinte (je n'ai pas que des amis, tout en bas). Je viens de faire une autre découverte : je suis tombée un peu par hasard sur la photo de classe de CM2 de mon école primaire l'année où j'y étais. Curieusement, je me souvenais très bien, au moment où je les revoyais, de certains visages. Comme je ne me trouvais pas, j'en ai conclu que je n'étais pas là pour la séance. Et puis, alors que mon absence ne faisait plus de doute, je me suis vue soudain, tout en bas de la photo. Au moment où j'écris, je suis en train de me remettre lentement du choc.

mardi 18 septembre

Parfois, je me dis que ça doit venir du fait que je suis loin, à la campagne. Ou alors peut-être que c'est l'âge, le début de la "blasitude". Mais un fidèle lecteur - que je devine jeune et curieux -, répondant à mon appel, me dit qu'il ne voit rien venir. Restons vigilant tout de même. Formons une sorte de réseau de veille. Le premier qui voit débarquer quelque chose de fort, de surprenant, échappant aux radars de la presse culturelle bourgeoise, prévient aussitôt les autres.

L'image vient de Vintage Photographs, un site où je passe régulièrement et dont j'apprécie les images présentées sans aucun classement (découvert grace à ce blog ami).

mercredi 19 septembre

J'ai l'impression de sortir lentement du tunnel après deux semaines bien plombées. Il y a des signes qui ne trompent pas, comme par exemple le fait de découvrir en ouvrant sa boîte débordante de junk mails, quelques poèmes. Cette image-ci provient d'un autre site où j'aime aller me promener. Il est consacré aux photos prises par des amateurs. Beaucoup sont trop mal cadrées ou trop floues pour entrer dans l'album familial. Ces images sont fascinantes. J'adore en isoler une et me concentrer dessus. C'est de l'art.

jeudi 20 septembre

 

Pendant ce temps, devant un tribunal de Los Angeles (Californie), le suspens est insoutenable pour Phil Spector. Cette histoire ressemble à un polar bien glauque. Elle me fait penser à Hunter S. Thompson. Je l'aurais bien vu couvrir ce procès, s'immerger à fond dans l'univers gonzo de Spector. Lui seul aurait pu nous faire comprendre de l'intérieur sur quelle planète vit le vieux génie déchu.

vendredi 21 septembre

La crise de la quarantaine, c'est juste un petit flottement pour faire comme tout le monde. Celle de la cinquantaine, c'est autre chose. Je peux en parler : j'en sors.

samedi 22 septembre

 

Bill a reçu cette vidéo sur son MySpace. Grandiose.

dimanche 23 septembre

 

lundi 24 septembre

"Regardez bien ce chapeau. Rien à l'intérieur. Je le tourne vers vous. Tout le monde a bien vu ?" Attirer l'attention sur un détail pendant que l'essentiel se passe ailleurs, c'est la technique des magiciens. Une partie du travail de Sarkozy consiste à faire diversion pendant que se mettent en place les nouvelles normes du capitalisme avancé. Les journalistes (qui auront rarement été aussi méprisés par le pouvoir) se laissent gentiment promener. Jusqu'à quand ?

mardi 25 septembre

Une photo géniale de Lenny Bruce, un "before/after" assez cruel pour Belmondo, une Claudia Cardinale en starlette pulpeuse (catégorie "sex education"), un auto-portrait d'Allen Ginsberg, sans compter les photos de films, les affiches vintage, les images rares des stars du passé. Tout ça gratuitement et en libre accès sur le plus beau blog du monde. Sur un support papier à l'ancienne, cela aurait donné une revue arty haut de gamme et hors de prix.

mercredi 26 septembre

J'aurais voulu parler de l'un des plus grands artistes vivants (une évidence qui commence à s'imposer, y compris dans les milieux éclairés de la culture légitime), j'ai nommé Robert Crumb. Le problème, lorsque vous avez une relation approfondie avec l'œuvre d'un artiste que vous suivez depuis un bout de temps, c'est que vous ne savez pas par quel bout commencer. Ce n'est pas l'icône des sixties qui m'intéresse - même si son regard sur cette époque est passionnant. Non, ce qui m'intéresse, c'est le Crumb qui s'est réveillé lorsque la vague est durement retombée au début des seventies. L'artiste exigeant et insatisfait, en dépit du succès. Celui qui a utilisé son art pour survivre à tout : à une famille pathogène, à la dope, à la hype et (surtout) aux femmes. C'est en cela que Robert Crumb est un artiste exemplaire, une sorte de maître. Les progrès graphiques réalisés pendant les années 80 sont impressionnants et les histoires qu'il a faites pour Weirdo comptent parmi ses meilleures. Je vous conseille particulièrement ce volume publié chez Fantagraphic Books.

jeudi 27 septembre

Là-bas, c'est le fascisme à l'ancienne, tel qu'on le pratiquait au siècle dernier. Nous, ici, on expérimente autre chose. C'est encore un peu tâtonnant. Nous sommes en pleine vengeance de classe. Le rêve de la bourgeoisie du dix-neuvième, contrarié par divers mouvements sociaux et idéologiques, est sur le point de se réaliser. Ce qui se profile, c'est l'aboutissement ultime du capitalisme. Mais à tout prendre, je crois que je préfère encore notre forme de domination sophistiquée. La petite lueur du jour ? Aujourd'hui, il faut aller la chercher dans le carnet du Monde." Pourquoi les hommes acceptent-ils de vivre contre leurs désirs pour satisfaire aux besoins artificiellement suscités par l'économie marchande, au lieu de mettre les échanges au service de leur propre production en tant qu'êtres humains ?" C'était le genre de question que se posait André Gorz, philosophe anti-économiste, anti-utilitariste et anti-productiviste.

vendredi 28 septembre

J'ai eu des problèmes de connexion. Au moment où j'écris, je ne sais pas si je pourrai mettre le journal en ligne. C'est intérressant, d'expérimenter une coupure. Dans un premier temps, c'est la panique. Plus aucun lien avec l'extérieur. "Internet Explorer ne peut pas ouvrir cette page Web". Et puis, petit à petit, on se souvient qu'il y a eu une vie avant Internet. On se sent plus isolé, certes, mais ce n'est pas nécessairement une mauvaise chose. Les routines mentales ne pouvant se déclencher, on trouve d'autres occupations. Comme écouter de la musiques allongé sur son lit en laissant défiler les idées et les images. On redécouvre son propre disque dur, et il s'avère plein de ressources.

samedi 29 septembre

C'est quand même bien agréable lorsque ça se remet à fonctionner. On mesure mieux sa chance. Un accès libre et illimité à un média : le grand luxe (il suffit de voir le prix que paient certains pour mettre en ligne un texte, une image). Sans sombrer dans une culpabilité stérile, on se dit qu'on pourrait peut-être utiliser ce truc pour enquêter et réfléchir sur les causes de notre aliénation et les moyens d'en sortir. Rassurez-vous, d'ici quelques jours la routine aura repris ses droits et les bonnes résolutions seront oubliées. C'est la vie.

dimanche 30 septembre

"Le spectacle est le gardien de ce sommeil." (G. Debord)

 

next

 

Index-1-2-3-4-5-6-7-8-9-10-11-12-13

 

__________GFIV.net_____________