lundi 3 août

I'm back, en pleine forme. Non seulement j'ai pris plein de bonnes résolutions, mais en plus je me documente sérieusement pour atteindre mes objectifs. Glad to see you again, fidèles lecteurs. Je mesure pleinement ce qu'il y a d'anachronique à publier un journal en HTML comme celui-ci en 2009. Les pages personnelles sont obsolètes à l'heure des blogs et des réseaux sociaux, me souffle-t-on à l'oreille. Premièrement, obsolète est un mot qui me fait automatiquement détester ceux qui l'emploient. Deuxièmement, j'ai fait un tour sur le Facebook de Bill et l'expérience ne m'a pas du tout donné envie d'y installer ma tente (Des "rapports sociaux" comme dans la vie réelle, quelle horreur!). Troisièmement, je peux faire ce que je veux puisque j'ai affaire à un contradicteur imaginaire.

mardi 4 août

Deux endroits à visiter d'urgence. Le premier se trouve dans le monde réel, c'est la Galerie de l'Instant où l'on peut contempler des photographies de Dominique Tarlé. Le second est situé dans ce monde-ci, c'est le blog de Jean-Pierre Dionnet dont les avis pointus et enthousiastes réjouiront les anciens lecteurs de Métal (ceux qui, comme moi, dévoraient en premier les critiques de livres et de films), mais aussi les petits jeunes qui commencent à être gavés des prescriptions culturelles convenues de la presse bobo.

mercredi 5 août

J'aime bien le travail produit en collaboration par Kiki et Loulou Picasso, deux ex membres du groupe d'agitation graphique Bazooka. Les deux styles se répondent bien, les textes en cut-up sont percutants et drôles. Ils viennent d'en faire un livre que je n'ai pas vu mais qui ne peut qu'être beau. Dans cette interview, flashback sur la guerrilla menée au journal Libération.

jeudi 6 août

Le plus beau blog du monde nous a collé la trouille de l'été en annonçant fin juillet qu'il suspendait les posts pour cause de burnout. Heureusement, le blog a repris depuis, et à fond les manettes. En revanche, à l'entrée du carrefour étange, il y a toujours cette pancarte annonçant une fermeture qu'on espère provisoire.

vendredi 7 août

Carte postale des vacances. Petit à petit, après quelques tâtonnements, on a retrouvé "le chemin de la perception gratuite et entière" (Bergson). Le temps va moins vite, les bruits parasites s'estompent, et le souvenir des zombies aussi. Ce sont des signes qui ne trompent pas.

samedi 8 août

 

 J'avais passé la journée à essayer de travailler sans arriver à produire quelque chose de satisfaisant. Vers 18 heures, j'ai ouvert machinalement un site musical pour me changer les idées et la nouvelle s'est affichée sur l'écran : "US singer songwriter Willy DeVille, who headed the 1970s New York punk group Mink DeVille has died at the age of 55." Cabretta, le premier album de Mink DeVille, est probablement un des trois disques que j'ai le plus écoutés dans ma vie. C'est encore lui que j'avais ressorti, début juillet, pour tester ma vieille chaîne stéréo. J'ai vu plusieurs fois Willy sur scène. Je me souviens de Mogador après la sortie de Cabretta puis de l'Olympia quelques années plus tard pour Le Chat Bleu. Il avait une classe incroyable, mélange de petit dur new-yorkais et de dandy stylé. Je l'avais revu vers 91 à Rennes, look de pirate et rythm n' blues, et c'était toujours très bien.

dimanche 9 août

 

lundi 10 août

Quelques chouettes illustrations sur le thème de la mort (on n'en sort pas).

mardi 11 août

Je ressens de moins en moins le besoin de bouger du basement. Il me suffit de savoir qu'il y a des hommes et des femmes qui vivent en société là-bas, et qu'ils ne sont pas en guerre. Je les apprécie, mais de loin, dans une représentation abstraite. Je sais d'expérience que les contacts directs ne pourraient qu'entamer la confiance virtuelle que je leur accorde.

mercredi 12 août

Je n'arrive pas bien à comprendre ceux qui passent leur temps à se plaindre d'internet. Hier, j'ai lancé une recherche sur un nommé Ron Turner après la lecture d'un article de Dionnet où cet illustrateurétait était évoqué de manière élogieuse. Moins de deux minutes après, j'étais en train en train de regarder une magnifique collection de couvertures mises en ligne par un collectionneur généreux. Un peu plus tard dans la soirée, en surfant, j'ai découvert les images du Chicago Outlaws Motorcycle Club prises par Danny Lyon, un photographe que je ne connaissais pas et qui me fait penser à Robert Frank. So what ? J'ai beau chercher, je ne vois pas ce qu'il y a de dangereux pour la culture dans tout ça.

jeudi 13 août

Il y a toujours un auteur derrière une image. Par exemple, ces photos de la Factory qui nous ont tant fait rêver, elles sont de Stephen Shore. Pour voir l'expo, il aurait fallu être à un autre point de l'espace-temps (New York City entre le 28 mai et le 17 juillet). En ce moment, j'écoute Explosions in the Sky, dont j'apprécie la discrétion. On appelle ça du post-rock, moi je dirais plutôt "musique d'accompagnement" dans la lignée d'Erik Satie ou Brian Eno. De temps en temps, on a besoin de ce genre de fond musical qui ne vous fait pas lever la tête mais vous protège efficacement contre les bruits divers. Chet Baker et le jazz West Coast peuvent également faire l'affaire. Nous approfondirons la question des sons demain, avec John Cage. La séance est terminée. Amusez-vous bien.

vendredi 14 août

 

A un certain niveau (mais à ce niveau limite uniquement), Christine Lagarde est cagienne. Au lieu de se stresser, elle reste zen et voit systématiquement le bon côté des choses. John Cage, lui, appréciait les sons, tous les sons, et particulièrement ceux du trafic automobile urbain. J'essaie actuellement d'adopter la même démarche d'ouverture accueillante vis-à-vis du moteur de tondeuse de mon voisin. Mais si je vous parle de Madame la Ministre et de mon voisin, c'est pour amener quelque chose de plus intérressant : un fantastique documentaire intitulé Sound et réalisé en 1966 par Dick Fontaine consacré au musicien de free jazz Roland Kirk et à John Cage. Ready to expand your mind ?

samedi 15 août

Stone Roses, The La's : deux groupes qui ont démarré sur les chapeaux de roues pour ensuite partir en vrille avec un sens de l'autodestruction à proprement parler stupéfiant. Leurs premiers albums respectifs, qui font aujourd'hui partie du patrimoine universel de l'humanité, font l'objet de rééditions soignées avec moult outakes, faces B et enregistrements live. Un régal. Ah oui ! J'allais oublier l'anniversaire des trois jours de boue, de mauvaise dope et d'embouteillages. Le gars Vinau (blog "Approved") a tout dit sur le sujet en peu de mots.

dimanche 16 août

 

lundi 17 août

Je terminais lentement Contre-jour, savourant la prose pynchonienne avec la crainte un peu débile de finir un "roman testament" (selon l'expression d'un critique qui m'a fait peur pour rien). Qu'on se rassure, l'aventure continue ! Un nouveau roman est déjà sorti aux states et en angleterre. Le pitch présenté par la maison d'édition est alléchant : "Part noir, part psychedelic romp, all Thomas Pynchon— private eye Doc Sportello comes, occasionally, out of a marijuana haze to watch the end of an era as free love slips away and paranoia creeps in with the L.A. fog". L'accueil est très bon, voire légèrement délirant. Wired parle d'un croisement entre The Big Sleep et The Big Lebowski. Hollywood aurait acheté les droits pour une adaptation à l'écran. Et puis, il y a cette vidéo promotionnelle qui provoque un gros buzz, la voix du narrateur étant - c'est l'éditeur qui l'assure - celle de Thomas Pynchon himself.

mardi 18 août

J'aurais pu écrire un texte intitulé "Pourquoi toute la bd autobiographique est de la merde", dans le style des pamphlets avant-gardistes du siècle dernier. Mais les temps ont changé et on n'agresse plus personne au nom des principes esthétiques. Il y a un gros problème avec les tombereaux de déballages complaisants étiquetés "auteur". Robert Crumb, que nous continuons à aimer en dépit du consensus dont il fait actuellement l'objet, a une part de responsabilité dans cette dérive où s'engouffrent massivement les apprentis dessineux blogueurs. Si on lit Crumb avec plaisir, ce n'est pas parce qu'il nous raconte en détail ses problèmes et ses obsessions, mais parce que son dessin est superbe. Quand on n'a pas ce génie graphique, il vaut mieux sortir du petit moi "haïssable" (Pascal) et décoller un peu de son quotidien aliéné.

mercredi 19 août

"Nous avons eu un appel à propos d'une personne louche. (Un vieux bizarement habillé qui se promenait sous la pluie dans un jardin privé...Très suspect...) J'étais juste à l'angle de la rue donc j'ai répondu. Alors qu'il marchait, je lui ai demandé ce qu'il faisait là et il m'a répondu qu'il regardait une maison à vendre. Je lui ai demandé quel était son nom et il m'a dit "Bob Dylan"". Kristie Buble, agent de police, est notre héroïne de la semaine

D'autre détails ici.

A noter, la photo choisie par les Inrocks où Bob a l'air d'un vieux clodo. Quelle classe, ce journal...

jeudi 20 août

L'économie racontée aux petits enfants. Il y a quelques messieurs très riches qui ont fait dérailler le système en essayant de gagner toujours plus d'argent. On les appelle les "traders", et leurs chefs ce sont les "banquiers". Leurs salaire sont bien plus importants que ceux des plus grandes stars de foot (wow!). Les traders et les banquiers sont "ultralibéraux", cela veut dire qu'ils ne veulent pas que l'Etat mette son nez dans leurs affaires. Quand ils ont tout planté, les banquiers ont changé d'avis et ont demandé de l'aide à l'Etat, ce que celui-ci s'est empressé de faire. "Si on ne cède pas immédiatement aux désirs des banquiers, nous a expliqué la ministre de l'économie, ils partiront ailleurs". Comme ce sont ses amis, cette idée la rendait triste, c'est normal. Mais tout ça, c'est du passé maintenant. Même s'ils se font discrets, on a fini par apprendre que c'était bien reparti pour les banquiers et les traders. L'argent coule à flot autant qu'avant, si ce n'est plus. C'est cool pour eux. L'économie, elle, va "garder des cicatrices pendant encore longtemps", nous disent les spécialistes. La morale de l'histoire ? Il vaut mieux faire la fête au château que mendier en faisant brûler des allumettes pour se chauffer. (image : Garry Winogrand)

Héroïne du jour : la salariée d'une grande surface qui a mis beaucoup de conviction pour "faire figuration" avec son petit charriot rempli de fournitures scolaires, illuminée par la baisse fulgurante des prix

vendredi 21 août

J'aime la chaleur. Plus la température monte et plus je me sens bien. J'aime la chaleur ambiante qui vous tombe dessus lorsque vous sortez d'une pièce à l'ombre. J'aime la lumière aveuglante, les flashs qu'envoient les chromes en plein soleil, et les nuits où on finit tous les livres parce qu'on ne peut pas dormir. J'aime la chaleur dans les images et aussi dans la musique. J'aime la chaleur sans savoir pourquoi (est-ce ce séjour en Afrique vers mes cinq ans ?), tout comme je ne sais pas pourquoi, aimant la chaleur, je n'habite pas au Maroc ou à Nice.

Vu Le Deuxième souffle (Melville), que j'ai aimé pour les plans épurés, la beauté du noir et blanc, les acteurs parfaits , les voitures, la déco et les chapeaux. L'histoire laisse dubitatif (les truands "loyaux" on-t-ils un jour existé ailleurs que dans l'imaginaire de Melville ?).

samedi 22 août

Ranger dans la bibliothèque un livre dont on vient de terminer la lecture est toujours un moment agréable. Lorsqu'il s'agit d'un roman qui vous aura occupé pendant presque une année, l'événement prend une dimension différente. Lorsque le roman est de Pynchon, c'est encore une autre chose, de très difficile à expliquer hélas. Les fans, sur les sites spécialisés, n'ont pas l'air de s'en sortir mieux lorsqu'il s'agit de parler de tel ou tel livre de leur écrivain favori. Quant aux critiques professionnels, souvent intéressants, on a l'impression qu'ils n'osent pas trop s'avancer de peur qu'un jour Thomas Pynchon ne réponde à une interview en détruisant toutes leurs théories. Un jour prochain, nous parlerons peut-être des influences littéraires que nous croyons déceler dans Contre-jour.

dimanche 23 août


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