lundi 2 août
Vu un petit morveux au musée d'art moderne griffer avec les ongles un monochrome gris signé Twombly. Voix de mère dépressive et débordée : "on ne TOUCHE pas". Le gamin recommence, lentement, comme sur un tableau noir : scraaatch. Pas un gardien à l'horizon et nobody cares. Moi non plus : ce n'était pas un très bon Twombly.
Extase dans une petite salle non loin de là : un banc, aucun touriste, et quatre peintures d'Eugene Leroy à contempler.
mardi 3 août
Je déconnecte à cause des orages. Un jour, le modem a explosé juste sous mon nez à cause de la foudre. Blaoum ! Comme dans Les 7 boules de cristal. Comme quoi il m'arrive également des aventures.
mercredi 4 août
Aujourd'hui, je dois attaquer la phase de mon travail que je remets à plus tard depuis plus d'un mois. C'est dire la neutralité avec laquelle j'aborde la journée. Je saurai bientôt si je me la raconte ou si je tiens vraiment une piste qui mène quelque part.
jeudi 5 août
Avec les blogs, on a un point de vue intéressant sur ce qui se passe dans la tête des gens. C'est toujours un peu le même profil. En majorité des post-ados ou des jeunes adultes de la classe moyenne, pas encore bien fixés dans leur identité sociale. Les quadras et plus (like me) ne se bousculent pas. L'avenir dira si les blogueurs vont continuer une fois mariés, avec les enfants qui grandissent et les goûts musicaux qui prennent un coup de vieux. Ou si ils cesseront d'écrire lorsque le choix du partenaire sexuel aura été arrêté.
vendredi 6 août
Quand je vois une petite famille qui a l'air unie, je soupçonne tout de suite la mise en scène, les cadavres dans le placard. Idem avec les personnes qui veulent à tout prix vous faire savoir à quel point elles sont généreuses et formidables. Je n'aime pas que l'on cherche à m'imposer des croyances ringardes et niaises. On constate assez vite les limites de cette convivialité gluante lorsque l'on refuse d'y adhérer.
samedi 7 août
J'attaquerai le processus de re socialisation vers le 15 août. D' ici là, c'est le drop out. Plus aucun contact avec la civilisation. C'est très agréable. Il y a bien quelques bouffées d'inquiétude, lorsque l'on se demande si on pourra encore jouer le jeu au retour (se souvenir que l'on a la même interrogation chaque année à la même date). A part ça, quel soulagement de ne plus avoir à décoder les comportements, trouver des réactions adaptées, faire comme si tout était évident.
dimanche 8 août
Ce qu'il y a de bien avec l'écriture, c'est qu'on ne décide pas. Je veux dire, il y a une intention, plus ou moins précise (plutôt moins en ce qui me concerne). Mais la façon dont ça vient, la forme que ça prend, est totalement involontaire. Du coup, il n'y a pas à s'en préoccuper, à faire des efforts pour atteindre quelque chose en se hissant sur la pointe des pieds.
lundi 9 août
Tiens, je vais faire un peu d'introspection. J'ai un problème avec les compliments : ils me donnent envie de me sauver. Je sais d'où ça vient (sweet family), mais bon. Ce sont des schèmes émotionnels engrammés. Tu ne peux pas lutter, ça se déclenche tout seul. A la limite, un climat d'indifférence teinté de lourde hostilité me convient parfaitement. Mais les marques d'attention me déstabilisent. C'est con, hein ? Que cela ne vous retienne surtout pas de manifester votre enthousiasme (thank you, Sacha and others). Quand le malaise est passé, le lendemain, ça fait plaisir.
mardi 10 août
Ce matin, jardin détrempé par la pluie. J'oublie presque tout le temps d'arroser les arbres qui en ont besoin. Résultat : je me culpabilise à l'idée que certains pourraient y passer (je pense plus particulièrement à un petit sapin dans un sale état). Alors là, je contemple toute cette humidité et je me dis que c'est du bon travail. En plus, ça sent bon.
mercredi 11 août
J'avais cessé d'écouter de la musique pendant quelques semaines. J'en avais marre. Je regardais les piles de CD et je n'avais envie de rien. Pourquoi se forcer ? Pour mettre un fond sonore ? Ici, c'est le silence et l'on n'entend pas les voisins pour la bonne raison qu'il n'y en a pas. Donc, le silence pendant un moment. Et hier soir, j'ai remis un CD. Cela m'a rappelé quand on testait notre première chaîne payée avec l'argent de notre premier job. Alors ? Comment c'était ? Presque aussi bien que la fois où l'on testait la chaîne. Ce soir, je vais me faire une petite soirée Fred Neil. Je me régale à l'avance.
jeudi 12 août
Je sens que je suis en train de changer. Ce n'est pas désagréable, mais un peu déstabilisant. On découvre de nouvelles sensations liées à de nouvelles manières d'être au monde. Je me demande ce que je vais devenir dans mon prochain état.
vendredi 13 août
Quand je suis derrière mon écran d'ordinateur, derrière l'écran des mots, je me sens bien. Je n'aime pas sentir sur moi un regard scrutateur qui essaie de se "faire une idée" à partir de quelques indices. Ce n'est pas tellement la démarche d'interprétation qui me gêne (tout le monde se trompe sur tout le monde), mais le fait que le portrait robot que l'on fait de vous a une forme fixe. Après, par politesse, on se sent obligé d'y correspondre.
samedi 14 août
Repos. Today, I'm nothing.
dimanche 15 août
Je ne vais pas tout arrêter sous prétexte que je me sens vide. "C'est une période de transition", dirait mon psy si j'en avais un. J'ai pris deux bonnes résolutions. 1) Ne pas m'accrocher à une identité qui se dissipe comme de la fumée 2) Ne pas me précipiter sur le premier rôle en kit qui se présentera. Et si je dois me trimbaler sans avoir la moindre idée de qui je suis, it's OK for me.
lundi 16 aoüt
Matraquage médiatique, commentaires hallucinants, manipulation des émotions, régression collective : les garçons s'énervent, à la base du GFIV, avec la visite du pape. Ce n'est pas tourné contre l'homme malade, que l'on exhibe de manière obscène (gros plan sur la bave qui s'écoule de la bouche) mais contre le vieux show de la religion. Moi, je m'en fous un peu. J'ai conservé une image. Le pape est écroulé en avant plan, et juste derrière lui, un mec avec une tête de tueur, visage dur, grosse mâchoire carrée, killer implacable comme on en voit dans les films sur la mafia. Garde du corps déguisé en évêque ? Opus Dei ? Loge P2 ? Illuminati ? Secte des maîtres du monde ?
P.S. = j'ai mis un lien "Monde Diplo" pour faire fortiche mais je ne l'ai pas lu.
mardi 17 août
Tout va bien. Je vais pouvoir me détendre. Je contrôle la situation. Cela n'a pas été facile mais j'ai réussi à aborder le problème selon le bon point de vue : en plongée. Après, tout devient clair. Ou presque.
mercredi 18 août
"J'adore glander dans mon jardin." Charlie Watts
J'aime beaucoup cette confidence de Charlie. Bon, bien sûr, c'est une remarque de thuné avec un grand parc pour lui tout seul. Mais laissons cet aspect économique de côté et préoccupons-nous du sens : glander dans un jardin. Il y a beaucoup de choses, dans cette phase. Glander, être désoeuvré, vaguement occupé; rêvasser et contempler, sans effort dans aucun sens. L'art de la glande : toutes nos facultés enfin rendues à elles-même et s'exerçant sans contraintes extérieures. C'est au minimum un art de vivre, une attitude esthétique, peut-être la réalisation de l'art dans la vie. La glande réussie constitue l'un des sommets qu'un homme puisse atteindre sur cette terre. Quelques princes de la glande ? Dans le champ de l'art : Duchamp, Vaché, Cravan, étaient des initiés. Leur message est crypté, mais assez clair quand même. Bon, il y'a aussi "jardin". Je vous épargnerai les commentaires de texte avec les différents niveaux de lecture. Allons directement au symbolique : paradis, initiation, jardin d'Epicure, XVIIIème siècle (qui voit la naissance de beaucoup de choses merveilleuses, comme le jardin, le libertinage, la déconstruction des croyances). Pour sûr, ce vieux Charlie a la grande classe.
jeudi 19 août
Nothing ? J'y ai pensé, mais c'est un peu facile. D'ailleurs, c'est jamais nothing. Mais ça peut être silencio, par contre. Lorsque tu te promènes en rêve et que tu gardes le contact, mais vraiment le strict minimum.
vendredi 20 août
Ceux qui racontent leur vie sur Internet prennent des risques. Ils peuvent facilement s'y perdre. Dans le genre, je trouve ce blog intérressant. Il est bien écrit. Miss chocolat est beaucoup moins niaise que pourrait le laisser croire son pseudo. Elle est même tout près de briser le mirroir : "mais putain, que tout le monde retourne à son vieux stylo bic et garde ses putains d'états d'âme pour lui".
samedi 21 août
C'est le moment de s'incruster dans le présent, de refuser fermement toute incursion du côté du futur hypothétique appelé "rentrée". D'ailleurs, le concept de "rentrée" n'existe pas en dehors de l'esprit de ceux qui le pensent.
dimanche 22 août
Repos.