lundi 10 octobre

Je suis dans une situation un peu lourde, avec des gens qui ont une hostilité de principe envers moi, indépendamment de ce que peuvent valoir mes actions. Que faire ? Essayer de travailler de la manière la plus efficace possible pour leur coller une bonne crise d'hémorroïdes.

mardi 11 octobre

J'ai savouré tous les plaisirs de l'oisiveté. Maintenant, c'est l'action qui retient mon intérêt. Pas l'action en elle-même, mais le fait d'être en action. Les réactions chimiques que cela entraîne, le changement de régime de la pensée (moins spéculative, plus pragmatique ). Mais je n'abandonne pas l'idée de l'oisiveté, comme forme de retraite hors de la société.

mercredi 12 octobre

Travaillé toute la journée et complètement oublié le journal. C'est mal.

jeudi 13 octobre

Back to the roots. Il y a de nombreux motifs d'égarement. Si tu rentres dans leur logique, si tu adoptes leur conception, tu es perdu.

jeudi 14 octobre

Fatigue. J'avais vraiment démarré les choses cette fois-ci avec l'idée d'éviter les embrouilles. But people don't change. Dommage.

vendredi 15 octobre

J'ai un concept de site : la Confrérie de ceux ou celles qui se souviennent parfaitement bien du jour où ils ont entendu pour la première fois "Waiting for My Man" dans la version du Live 1969. Nous ne serions peut-être pas très nombreux, mais nous nous comprendrions parfaitement bien. Même pas la peine de communiquer (un peu comme sur la Silent List du GFIV).

Mon témoignage : J'ai quoi ? 18 ans. Je suis dans une grande maison isolée en pleine campagne, chez des amis. Dehors, il pleut et il y a du vent. Les adultes se sont retirés et nous pouvons enfin écouter notre musique tranquillement. Nous sommes devant la grande cheminée, assis dans des fauteuil bien adaptés à ce décor de château dix-huitième siècle. Sur la table basse, il y a cet album à la pochette hideuse et troublante. Depuis le début de la soirée, nous hésitions un peu à le passer. Mais là, c'est the right time. L'intro parlée, la coolitude new yorkaise, les bruits de la salle, les éclats de rire. Nous nous taisons et tendons l'oreille. Démarrage de la chanson. Nous pénétrons lentement dans cet espace sonore, parfois paisible, parfois torturé, dont les envolées vous emmènent très loin. Nous nous regardons silencieusement. Nous sommes conscients de vivre une expérience rare.

samedi 16 octobre

Des problèmes avec le statut d'adulte ? Non, plus vraiment maintenant (mais c'est récent). Ce n'est pas la crainte ou le refus de la responsabilité qui vous fait reculer le moment de ce passage plus ou moins inévitable à long terme. On retarde parce que l'on sait que l'on risque de perdre quelque chose dans la transaction. On a du mal à abandonner l'insouciance.

dimanche 17 octobre

Amusant comme certaines personnes peuvent se glisser dans le rôle du fourbe sans même être conscientes du ridicule des postures et des mimiques. Leurs plans sont toujours compliqués et tortueux. Ils aboutissent rarement, mais c'est leur raison de vivre. Have mercy.

lundi 18 octobre

Cette semaine, je joue gros. La première chose à faire est de ne pas y penser. De relativiser. A la limite, on joue gros chaque jour, non ? Peut-être même à chaque instant. Qu'en sait-on vraiment ?

mardi 19 octobre

Lorsque les garçons de la base disent qu'il y a un buzz autour de mon journal, je rigole et j'ajoute : "Maybe, mais alors un tout petit buzz". Ce public, réduit certes, mais attentif et complice, me convient parfaitement. Je n'échangerais pas cette agréable présence pour un troupeau de touristes égarés.

mercredi 20 octobre

Je ne vous dis pas tout, loin de là. Mais à la différence de ceux ou celles qui la jouent "transparence", je n'entretiens pas d'illusion de cette sorte. Je zappe des pans entiers de ma vie. Non pas que je les considère comme sans intérêt. C'est simplement que je ne trouve pas la bonne manière d'en parler, ou alors qu'il n'y a rien à en dire.

jeudi 21 octobre

Retard. C'est le journal ou la douche. Laissez-moi, ce matin, donner la priorité à l'hygiène.

vendredi 22 octobre

Je termine ce round sur les genoux, la tête prise par un sale rhume rampant, mais je peux dire que j'ai bien combattu. J'ai su repousser des attaques vicelardes tout en investissant des territoires stratégiquement décisifs. C'était bien joué. D'ailleurs, mes ennemis font la gueule, ce qui est signe de prospérité. Et puis ce soir, vacances.

samedi 23 octobre

Break.

dimanche 24 octobre

Stranger In The House

This never was one of the great romances
But i thought you'd always have those young girl's eyes
But now they look in tired and bitter glances
At the ghost of a man who walks 'round in my disguise

I get the feeling that i don't belong here
But there's no welcome in the window anyway
And i look down for a number on my keychain
'cause it feels more like a hotel everyday

There's a stranger in the house; nobody's seen his face
But everybody says he's taken my place
There's a stranger in the house no one will ever see
But everybody says he looks like me

And now you say you've got no expectations
But i know you also miss those carefree days
And for all the angry words that passed between us
You still don't understand me when i say

There's a stranger in the house; nobody's seen his face
But everybody says he's taken my place
There's a stranger in the house no one will ever see
But everybody says he looks like me

Je n'ai jamais compris le sens de cette chanson de Costello. Quand je l'écoutais, je pensais que cela pouvait vaguement évoquer un flottement dans la construction de l'identité (je devais faire un lien avec le stranger de Camus). Je me disais : "Tiens ! Il y en a d'autres qui ne voient pas bien ce qu'ils font là, qui ont l'impression que l'on s'adresse à quelqu'un d'autre". En fait, il s'agit juste d'une de ces chansons de cow boy larmoyantes, une histoire de mec, seul au bar, avec plusieurs verres vides devant lui, et qui ne se remet pas d'avoir pris un râteau. Mais quand je l'écoute (il faut sortir le vinyle), c'est à ma première interprétation que je pense.

lundi 25 octobre

Hier, journée canapé. Tasse de café, livres, jazz cool (Bill Evans) : le traitement de choc pour évacuer le stress accumulé. Et ça marche. Je me lève en meilleure forme ce matin. Don't worry about me. I will survive.

mardi 26 octobre

Je commence seulement à réaliser que j'avais établi mes relations avec le monde extérieur (that world outside, comme chantait Mink Deville) sur des bases un peu restreintes. Survie financière (envoyez la monaie), ambiance musicale de qualité (envoyez la musique) et un large "fuck off" pour le reste : telles étaient les grands axes de ma vie sociale. Je ne prétends pas que le monde extérieur méritait mieux. Je trouves simplement que la marge de manoeuvre était un peu étroite.

mercredi 27 octobre

J'avais un peu trop tiré sur les ressources. Mon système nerveux commence seulement à retrouver son rythme. Troisième jour des vacances et j'assiste au lent retour de l'énergie vitale.

jeudi 28 octobre

Une bonne capacité de récupération est indispensable. Mais ce n'est pas suffisant. Il vous faut également un kit de survie dans lequel vous glisserez tout ce qui compte vraiment à vos yeux. Le contenu de votre kit doit rester secret. Ceux ou celles qui croiseront votre route ne vous pardonneraient pas d'aimer des choses dont ils ne soupçonnaient pas l'existence et qui ne figurent même pas sur le catalogue de vente par correspondance.

vendredi 29 octobre

A chaque fois que les relations glissent du sympatoche bidon à l'adversité déclarée, dites-vous que la situation gagne en clarté. Les véritables enjeux commencent à apparaître.

samedi 30 octobre

Hier soir, j'ai vraiment eu un choc en entendant une chanson des Sonics (Have Love Will Travel) sortir de la télé. C'était pour une pub de voiture. Je l'ai trouvée réussie. Comme quoi, l'habillage sonore, c'est essentiel.

dimanche 31 octobre

Les choses arrivent accompagnées d'une sorte d'ambiance et si l'on se fie à cette sensation globale, on peut avoir une idée assez précise de la manière dont elles vont évoluer. Je commence à savoir reconnaître certaines tonalités annonciatrices. Les plus faciles à identifier sont les ambiances plombées du type "no escape" (Tout les endroits où vous n'avez jamais remis les pieds, les gens que vous avez fuis sans vous retourner). Les ambiances "positives" sont ultra rares. Si vous croyez l'avoir identifiée sur votre lieu de travail, méfiez-vous et demandez-vous à qui profiterait le crime.

Tribute to John Peel : "Teenage kicks" by the Undertones

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