lundi 13 décembre
Dans le Bouddhisme Chan (un mixe de tradition indienne et de taoïsme), l'illumination n'est pas un truc après lequel il faut courir en faisant des efforts inhumains. L'intentionnalité ne mène nulle part. L'illumination zen, c'est juste le fonctionnement ordinaire de ce que nous appelons ici l'"esprit". Mais le cours naturel de la pensée n'est pas non plus l'état d'hébétude, traversé par deux trois idées fixes, dans lequel nous nous traînons le plus souvent. Je crois qu'il y a des lieux privilégiés pour laisser les pensées suivre leur cours librement. Pour moi, c'est la salle de bain le lundi matin, lorsque le basement est désert et silencieux. Bonne semaine à tous ceux qui passent par là.
mardi 14 décembre
Nos sensations sont la seule chose à quoi nous raccrocher. S'il y a de l'invisible, par définition nous ne pouvons rien en savoir. Les concepts sont rassurants, mais vides. La permanence des choses est une illusion (Héraclite). Il est indéniable que ce matin, ça risque de peler grave au moment d'aller au boulôt.
mercredi 15 décembre
Où est passé le monde décrit par les premiers philosophes grecs, dits "présocratiques" ? Pourquoi avons-nous tourné le dos à ce monde où la divination est considérée avec le plus grand sérieux, où les dieux s'expriment par énigmes à travers les oracles ?
jeudi 16 décembre
Le problème avec les changements, ce sont les réactions en chaîne. Soit vous ne bougez pas, vous ne changez rien. Répétition, stabilité : tout le monde est content. Mais moi, je suis du signe des gémeaux (Bob Dylan et Miles Davis sont bien connus pour leurs virages à quatre-vingt dix degrés). Il me faut du nouveau, sinon je moisis sur place. Or, on ne peut pas changer les choses à moitié. Tout y passe. Cela peut donner un peu le vertige, mais une fois le processus enclenché, il n'y a plus moyen de descendre en marche. Les new sensations sont à ce prix.
vendredi 17 décembre
Dans la rue, les cafés ou les supermarchés, on peut croiser les gens. On voit comment ils occupent l'espace, comment ils se croisent, comment ils se mettent en scène (vêtements, coiffures, gestes). Sur Internet, pas de corps. On a directement accès aux représentations mentales. On peut voir comment les gens s'assemblent ou s'engueulent, comment ils se rassurent à partir de ce qu'ils connaissent déjà tout en se méfiant de l'inconnu. Forums, listes, blogs : il y a là un formidable terrain d'observation pour les chercheurs. Mais tout le monde a l'air de s'en foutre.
samedi 18 décembre
Hier, j'avais fermé les volets et j'écoutais la tempête au dehors. Ce matin, je vais descendre ramasser les branches tombées dans le jardin. Pour le premier jour des vacances, c'est idéal comme transition.
dimanche 19 décembre
On peut se croire momentanément à l'abri. Mais la vérité, c'est qu'il n'y a pas de trêve. La bagarre continue non-stop. L'ennemi ? Le conformisme social, la pensée préfabriquée, les bonnes manières, la bonne conscience (je cite de mémoire l'avocat Thierry Lévy).
lundi 20 décembre
J'ai toujours trouvé la connerie amusante, lorsqu'on la considère à travers ses manifestations isolées. L'accumulation peut cependant devenir pesante. Tout est question de dosage. Le problème vient du fait que les cons ont tendance à se fédérer. C'est ainsi que vous pouvez observer des concentrations plus ou moins importantes de cons (et de connes), formant une sorte d'armée foireuse dont le principal objectif est de faire triompher la connerie par tous les moyens.
mardi 21 décembre
C'est tous les ans la même chose. J'assume les bouffées de mauvaise humeur à l'approche des fêtes, même si je n'en tire aucune fièreté. Mas je vais vous épargner ça. On peut dire que refuser de participer aux rituels collectifs de la société dans laquelle on vit est un luxe que ne peuvent se permettre les working poors. Jetez un coup d'oeil : les guirlandes de Noël clignotent entre les antennes paraboliques sur les balcons des HLM.
mercredi 22 décembre
A l'extérieur, avec les vrais gens, je mentirai par omission, comme d'habitude. Je sourirai aux allusions complices concernant les excès divers (champagne, chocolat, ah, ah, ah). Mais en fait, je bosse sans arrêt. J'ai remarqué que j'étais plus efficace dans les périodes où le reste du pays se repose.
jeudi 23 décembre
Ouf, ça va mieux. J'ai démarré les vacances in a very bad moon. Et alors ? C'est mal, d'être de mauvaise humeur ? Y'a pas de raisons d'avoir les boules ? Heureusement, il y a Captain P@t et sa guitare magique, qui nous fait oublier tous les petits soucis sans importance.
vendredi 24 décembre
samedi 25 décembre
Excellente initiative : une programmation "spécial Kevin Coyne" sur la radio de l'Homme moderne. Même si on ne comprend pas tous les textes, rien qu'à la voix, on peut capter tout : la lucidité, l'humanité, l'intelligence. Exactement ce dont nous avons besoin pour affronter la semaine qui vient. Pour éviter que tout s'arrête lorsque vous changez de page, cliquez sur pop up, avec un peu de chance la musique continue pendant le surf, et là, c'est vraiment bien - l'ataraxie, man (comme disaient les anciens). En écoute: Everybody says, de 1973 - une pure merveille.
dimanche 26 décembre
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La pochette de bootleg est un secteur assez créatif. J'aime bien les regarder. Mais ne mettez pas en prison, hein ? Je me contente de rêver dessus, et nothing more. Tiens, à propos des radios en ligne, j'ai fait une recherche Google. Et la première que j' ai trouvée était la bonne. Le blogger a bon goût (entendez : grosso modo les miens). Death in Vegas, Johnny Cash, Ron Sexsmith, Red House Painters, David Bowie, Cat Power, John Cale... Mélange de nouveau et d'ancien, le choix des chansons est un sans faute dans le genre introspectif (mais digne). Je vois quelques noms que je ne connais pas. Je vais pouvoir découvrir des choses sans trahir ma promesse (pas un sous pour les majors). Les textes du blog ? Je ne les ai pas lus. Je suis là uniquement pour la radio.
lundi 27 décembre
Contrairement à l'idée que je m'en faisais, la vie des quadras peut s'avérer assez amusante. On revoit des amis perdus de vue. Ils vous présentent leur nouveau compagnon (les enfants ont grandi, c'est l'âge où l'on recompose). Avant, on était plutôt exigeant sur les idées, maintenant on est attentif à l'apparence physique. Ne pas avoir de bide, de double menton, l'oeil terne, c'est aussi important que les engagements de jeunesse. La perte des illusions n'a rien de déprimant, je tiens à rassurer les plus jeunes qui en auraient encore. Elle ressoude les amitiés sur de nouvelles bases, pragmatiques et réalistes.
mardi 28 décembre
Il n'y a pas que les pochettes de bootlegs dans la vie. J'aime également scruter les photographies d'amateur, surtout lorsqu'elles sont un peu ratées. J'aimais fouiller dans les images qui avaient été rejetées de l'album familial pour diverses causes de non- conformité (geste surprise, grimace involontaire, cadrage bizarre, etc.). Sur ce site, je peux me régaler. L'énorme avantage, c'est d'avoir affaire à de parfaits inconnus. On peut ainsi se concentrer tranquillement sur l'image, sans risque de se laisser parasiter par les souvenirs personnels.
mercredi 29 décembre
Je respecte ceux qui ont la foi, quel que soit leur degré de fanatisme. Je demande juste, en retour, qu'ils acceptent paisiblement le fait que la bible et le coran en indiffèrent plus d'un. Dans la guerre que se livrent ceux que la lecture de ces bouquins a rendus hystériques, j'aimerais qu'ils laissent à l'écart ceux qui n'en ont rien à cirer. Ok ?
jeudi 30 décembre
Un petit bilan de l'année 2004 ? Ce n'est pas une mauvaise année pour moi. Beaucoup de stress, quelques résultats tangibles, de belles promesses (qui restent à confirmer). Et pour le reste du monde ? J'aime mieux ne pas y penser.
vendredi 31 décembre
Je vais faire un pause. On peut appeler ça des "vacances", si on veut. N'ayez crainte, si vous êtes un ou une des habitué(e)s qui viennent presque tous les jours, comme on passe à la boulangerie : I will be back soon. En attendant, vous pouvez toujours vous promener dans le journal, ou bien lire une revue en ligne.