lundi 4 avril

VS

Lire au soleil au mois d'avril est un plaisir sans égal. Je ne connais rien de mieux que la lecture dans un jardin ensoleillé et silencieux au sortir de l'hiver. Contre la petite brise, la sensation de chaleur, les rêveries de la végétation, l'ordinateur ne pèse pas grand-chose: sa lumière froide et ses espaces aseptisés perdent leur attractivité avec l'arrivée du printemps.

mardi 5 avril

Impression que tout va bien se passer dans la période qui vient. Bien profiter de cette insouciance : s'il s'avère que ce sentiment était erroné, il sera toujours temps d'y renoncer.

mercredi 6 avril

La seule remarque que m'inspire le woodstock du Vatican, c'est que j'étais à Rome au bon moment.

jeudi 7 avril

Felicity Jane, c'est ainsi qu'un lecteur (qui vient d'ouvrir son blog) appelle ce journal. Je trouve cela étonnant parce que moi, j'ai plutôt l'impression d'être Bluesy Jane. Comme quoi, on ne contrôle pas l'impression que l'on fait sur les autres.

vendredi 8 avril

Rectification : le blues et la félicité ne sont pas antinomiques. Le bonheur est une idée dénaturée par un demi siècle de propagande consumériste. Il est devenu difficile de s'y retrouver. D'où l'intérêt du mot "félicité", qui situe clairement les enjeux ailleurs que dans la nourriture bio, les crèmes hydratantes et les voyages touristiques - sans pour autant sombrer dans la religiosité bas de gamme. Il y a de la félicité dans les enregistrements de Robert Johnson, comme dans les livres de Cioran, de Saul Bellow (qui vient de mourir et personne n'en parle). Rien à voir avec la positivité niaise prônée un peu partout.

samedi 9 avril

Encore en vacances. Mais cette fois je ne vais pas interrompre le journal. Après l'Italie, j'ai été à deux doigts d'arrêter. Cela aurait été une erreur. Pourquoi se priver des bonnes choses lorsque l'on s'impose tant de contraintes au nom du principe de réalité. Les activités gratuites, sans utilité - comme l'écriture -, sont par nature fragiles. Elles sont difficiles à justifier et y renoncer peut même passer pour un signe de maturité ou de lucidité. Je considère que j'ai déjà suffisamment donné de gages en renonçant à devenir une rock star.

dimanche 10 avril

Enfin une bonne nouvelle en cette période où les employés du service nécrologie ne peuvent plus fournir : Neil Young va mieux.

lundi 11 avril

Les livres que j'ai feuilletés avec plaisir mais que je n'ai pas achetés :

- un bouquin en anglais sur Warhol et la Factory avec plein de superbes photos inédites des early sixties (parce que j'ai suffisamment passé de temps à fantasmer sur ce genre d'images en noir et blanc).

- "Nightclubbing" d'Alain Pacadis. Bien sûr, en parcourant les articles - lus à l'époque dans Libération (qu'on achetait surtout pour ça et pour Bazooka, il faut l'avouer) -, on reçoit un grand shoot proustien. "White flash, White trash", et tous ces clichés qui paraissaient neufs à l'époque. Mais cela n'enlève rien au fait que Pacadis écrivait comme un pied. Il était surtout très lourd (heavy, man, heavy).

mardi 12 avril

N'allez pas croire que le basement du GFIV ressemble à une maison communautaire (genre Diggers, Frisco circa 67). Vu de l'extérieur, c'est "Monsieur Normal", comme dirait Captain Pat. Enfin, on essaie. Je ne dis pas que tout est au point, mais rien n'est fait dans l'intention de heurter les croyances locales. Pas de drapeau noir sur le toit, rien qui puisse ressembler à de la provocation. Il y a une raison à cela. A mesure que s'accroissait notre connaissance de l'environnement humain et du système collectif qu'il s'est choisi, notre désir de changer le monde est allé en s'amenuisant. Nous avons alors entrepris de nous sauver nous-même. J'entends d'ici le bien pensant : "Oui mais cela passe par une action sur le monde." Tu l'as dit, bobo bouffi (va faire un tour à ton club de gym). Cela ne passe pas nécessairement par une action volontaire sur le monde, comme s'il s'agissait d'un terrain de sport, d'une chose extérieure à nous. Nous sommes reliés à l'ensemble du monde par un système de résonance que les physiciens commencent seulement à concevoir, mais qui est néanmoins en train de fonctionner, tout autour, indépendamment du fait que nous n'y comprenons rien (ou si peu).

A signaler : très beau texte (en date du 11.4.05) dans le blog de misschococat. Attention, ça fait pleurer.

mercredi 13 avril

Aujourd'hui, Jane Sweet vous propose l'exposition "Dyonisiac", qui se tient au centre Pompidou jusqu'au 9 mai. 14 artistes (dont des pointures comme Paul McCarty et Thomas Hirschhorn) qui travaillent dans l'excès et la transgression avec ironie et même "une certaine sbversion, si tant est qu'elle soit encore possible" (extrait du texte de présentation). Tout a été dit sur les institutions qui hébergent et subventionnent la subversion artistique, mais ce n'est pas une raison pour se priver des oeuvres, surtout lorsqu'elles pètent la forme comme ici. L'exposition la plus rock n' roll en ces lieux depuis "les années Pop".

jeudi 14 avril

Depuis quelques jours, à France-Culture, une "certaine catégorie de personnel" est en grève. Le basement baigne dans la musique tièdasse que diffuse le programme minimal. Un robinet à sons d'où s'écoule un Jazz cool informe, sans début ni fin, insipide mais complètement hypnotique. Cette musique, diffusée à bas volume comme il se doit (lounge, baby), nous maintient depuis plusieurs jours dans un état de somnolence qui convenait bien à ce début de vacances. Mais il serait temps de se ressaisir.

vendredi 15 avril

Je passe la parole à Bernard Frank, qui vient de pondre un bon texte à propos d'un livre : Emmanuel Faye, Heidegger : l'introduction du nazisme dans la philosophie. On l'aura compris, il s'agit apparemment de montrer que la philosophie de Heidegger est le pendant, dans le monde des idées, de l'entreprise de déshumanisation menée par le national socialisme. Mais peut importe. Ce qui compte, c'est que la chronique qu'en fait le vieux Frank est un régal.

samedi 16 avril

"Tout est normal", "tout va bien". On s'est tellement habitué à ce mantra que même le spectacle le plus désolant nous laisse sans réaction. Les faits entrent en contradiction avec le discours officiel (qu'il est préférable de ne pas contredire ouvertement). Si "tout va bien" et que "tout est normal", alors ce que je constate ne dois pas vraiment exister. Oublions.

dimanche 17 avril

L'homme doit s'adapter à son environnement, il y va de sa survie. Accepter les caractéristiques de cet environnement constitue un préalable à cette adaptation. Il faut "faire avec", même lorsque ce n'est pas très reluisant. Il n'y a pas d'autre solution.

lundi 18 avril

Art is What Makes Life More Interesting Than Art. Cette phase résume la conception de l'art développée par Filliou. L'aboutissement du projet avant-gardiste réside, selon lui, dans la fusion de l'art et de la vie obtenue en abolissant les frontières entre les deux domaines. Le projet est assez proche de celui développé par Asger Jorn dans les premiers numéros de l'IS. Mais Filiou, c'est un peu le versant lumineux du projet situationniste. On sent l'influence du Zen, de John Cage, du soleil et des utopies early seventies. Pour Filiou, l'art doit se diluer dans la vie - Debord période Potlatch ne disait pas autre chose. L'ambition clairement utopique était de remplacer la heavy économie que nous subissons par quelque chose de plus léger, poétique et ludique. Son travail n'a eu qu'un impact réduit sur le terrain de la pensée. Il s'est fait renvoyer dans son bac à sable d'artiste, n'a pas dépassé le cercle étroit du public d'experts, qui assurent le cordon sanitaire.

mardi 19 avril

Vu Dig, un bon docu rock n' roll. Ce n'est pas le niveau Robert Frank, mais bon, c'est honnête. On sort de là intimement persuadé du fait que Anton Newcombe, leader des Brian Jonestown Massacre, est un génie à l'état brut, une sorte de croisement entre Syd Barrett, Gram Parsons et Brian Wilson. Restait à vérifier (on n'entend jamais une chanson en entier dans le film). Sur le site du groupe , on trouve des tonnes de chansons distrubuées comme des bonbons magiques. Comme il le dit à un moment dans le film, Anton Newcombe n'est pas un glandeur; il est même surproductif. Commencez par "Give it back", une pure merveille. Ce mec nous ressort tout ce qu'on aime. It's paradise. Et je n'exagère pas du tout. Particulièrement recommandé à ceux qui aiment la guitare acoustique, le tambourin et l'harmonica (suivez mon regard).

mercredi 20 avril

The Brian Jonestown Massacre again. Nous continuons à creuser et à découvrir des pépites. A l'écoute, on pense à des choses agréables - Electric Prunes, Kinks, Stone Roses, Chocolate Watchband, Tyranausaurus Rex, 13th Floor Elevators, Incredible String Band, les Stones de Their Satanic Majesties Requiest. Mais les influences sont assimilées. Ce n'est pas que du sixties revival. C'est juste la musique des rêves. Construisons un monde meilleur, écoutez tous the Brian Jonestown Massacre. Je ne sais pas s'il existe une interprétation "officielle" pour le nom du groupe; moi, j'ai la mienne.

jeudi 21 avril

Mon interprétation de Brian Jonestown massacre est dans le numéro 18 de La Gazette du GFIV. Comme il s'agit également de mon premier texte un peu long "hors journal", je trouve naturel de vous en donner l'exclusivité, à vous.

vendredi 22 avril

On pourrait tirer une impression (fausse) de cette lecture, selon laquelle j'aurais passé l'essentiel de mes vacances à écouter Brian Jonestown Massacre et les disques que cette musique magique évoque (tout le rayon "psyché" 60's). Il n'en est rien. Ou plutôt, il n'en est ainsi qu'à un certain niveau. A d'autres niveaux, je participais à la vie commune, comme n'importe qui : démarches administratives, courses, débat sur le référendum à la télé, etc. Je pourrais aussi bien vous parler de ce qui se passe à ces niveaux. Je ne les considère pas comme inférieurs et je dirai même que j'y éprouve souvent de grandes joies. Je touve juste le monde commun un peu heavy, un peu trop violemment soumis à la dure loi du calcul rationnel. Moi, il me faut ma dose de magie, de rêve, de jeu gratuit. Sinon, c'est le dépérissement assuré.

samedi 23 avril

Au début (années 90), BJM jouait un rock néo-sixties de qualité, un peu à la Stone Roses. Le succès aurait pu (dû) leur tomber dessus. Anton Newcomb a le don des mélodies pop, le son, et surtout l'esprit, la magic touch. Une major les avait flairés. Mais lors du concert organisé spécialement pour Elektra, ce taré de Newcomb a pété les plombs et s'est mis à se battre avec ses musiciens (un grand moment du film). Ensuite, le groupe a évolué vers un folk rock plannant à la Byrds/Flying Burritto/Gram Parsons). Dans les derniers enregistrement, tout le monde s'est sauvé. Newcomb est seul dans son home studio, au milieu des cendriers qui débordent de joints refroidis, des bouteilles de vin, des débris de junk food. Accompagné par une guitare un peu free, il sonne comme Bob Dylan dans Desolation Row. Pourquoi je vous raconte ça ? Ne cherchez pas : c'est l'effet "fin des vacances".

dmanche 24 avril

Le roman est bon. Mais il se passe des "phénomène étranges" avec ce bouquin. Je ne peux pas vous expliquer ça en détail parce que j'aurais l'air d'être complètement barrée. Ce qui est certain, c'est que je vais lire d'autres roman de Murakami. Je n'en ai pas fini avec lui.

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