lundi 26 septembre
Plus j'avance dans "Plateforme", et plus je me dis que Houellebecq est un bon écrivain (du niveau, disons, d'un Martin Amis). Je l'ai vu chez Ardisson. je l'ai trouvé bon. Il gère bien les deux bouts : d'un côté l'écriture, de l'autre la manipulation médiatique (qu'il contrôle en artiste post-warholien). C'est d'ailleurs cette double réussite qui génère "l'effet Houellebecq".
mardi 27 septembre
Au tout début, lorsqu'on se trouve sur le point de commencer quelque chose, on voit assez clairement l'objectif final. Si clairement que l'on peut se contenter de cette vision virtuelle de l'objectif réalisé.
mercredi 28 septembre
Je tenterais presque un "rien à signaler".
jeudi 29 septembre
Sur les frontières extérieures, il faut parfois consolider les murs, protéger les accès, conserver l'autonomie de l'île contre toutes les tentatives de colonisation (cela n'a jamais été facile). Mais, dans un second temps, vient le moment de faire de belles choses (ou au moins d'essayer).
vendredi 30 septembre
Le principe d'identité est une construction, une commodité. Mais lorsque je regarde ce qui se passe, je ne vois rien de durable en terme d'identité. Il n'y a que des sensations fugitives dans un monde en perpétuelle métamorphose Héraclite : rien n'est fixe, tout bouge.
samedi 1 octobre
Le problème du capitalisme, dans sa phase actuelle, va être de réussir à rassurer. Pour l'instant, on a plutôt l'impression d'être en face d'un type qui négocie armé et qui supporte mal la contradiction.
dimanche 2 octobre
"Même les changements heureux se présentent souvent sous une forme qui paraît étrange au premier abord" (Livre des Transformations). Autrement dit, le monde des apparences n'est pas le simple reflet du monde invisible. C'est plus compliqué.
lundi 3 octobre
Les mêmes réseaux de neurones sont activés lorsque le sujet visualise mentalement une action et lorsqu'il réalise effectivement cette action. De même, si vous regardez quelqu'un faire quelque chose, vous activez le même schème d'action au niveau neuronal. Ces observations ouvrent de sacrées brèches. Mais comme les scientifiques qui observent ces phénomènes ne disposent pas d'un modèle de la vie psychique qui permettrait d'accueillir ces découvertes, ils n'en tirent pas beaucoup de conclusions.
mardi 4 octobre
Grève. Mais pas plus que d'habitude. On pourrait parler de grève larvée, ininterrompue.
mercredi 5 octobre
J'ai toujours vu les syndicalistes comme comme les plus ardents défenseurs du travail aliéné. Et j'ai toujours vu les syndicats, dans leurs actions comme dans leurs discours, confirmer cette première impression.
jeudi 6 octobre
Il arrive encore, même si cela devient plus rare, que la lecture d'une chronique vous donne une furieuse envie d'écouter un disque. C'est un peu comme ça que nous avons découvert le monde enchanté du rock : en rêvant à partir de textes, puis en allant vérifier sur place. Donc, là, il s'agit des Dead 60's. C'est le nom, bien entendu, qui m'a attiré. Mais attention ! Car avec cette gazette parisienne, les disques ne sont pas toujours à la hauteur des promesses.
vendredi 7 octobre
La scène d'ouverture du film catastrophe est déjà bien avancée. Heureusement, nous ne le réalisons pas vraiment - ou alors par flashs presque inconscients, que nous nous efforçons d'oublier rapidement (un coup de télé, et ça repart). Et si nous en sommes là, c'est à cause de deux ou trois connards qui ont décrété que l'objectif de l'homme était la domination rationnelle de son environnement. Cette idée absurde a déjà fait autant de dégât que l'hypothèse selon laquelle il existerait un dieu.
samedi 8 octobre
La recherche du profit est le paradigme central de notre dure réalité. Mais cela n'explique pas tout : il ne faut pas négliger le conformisme, l'ennui, l'instinct reptilien de domination, la stupidité, le manque d'imagination, la peur de l'inconnu.
dimanche 9 octobre
Attention, merveille "out of time" (signalée par RC, qui a très bon goût). La voix, les arrangements, les mélodies : c'est du solide, de l'inusable. Richard Hawley est en mesure, je le crois sincèrement, de nous sauver cet automne. Plus tard ? On verra bien.
lundi 10 octobre
"Tous les jours grossit la liste des choses dont je ne parle pas." Chamfort
Je parle rarement des programmes télé que je regarde, comme vous, écroulée sur le canapé, dans un état d'hébétude effrayant. L'autre jour, c'était Ardisson, en promo je sais plus où pour ses "Confessions". Il se défend très mal sur son histoire de plagiat, Ardisson. Il ne fallait pas avouer (et peu importe que ce soit 60 pages au lieu des 6 annoncées); il fallait revendiquer le plagiat, au nom de Lautréamont, du cut-up beat, du détournement situ, de la guérilla dada.
mardi 11 octobre
" Parmi les causes qui dans lhistoire de lhumanité ont déjà fait disparaître tant de civilisations successives, il faudrait compter en première ligne la brutale violence avec laquelle la plupart des nations traitaient la terre nourricière." Un texte du XVIIIème, toujours d'actualité.
mercredi 12 octobre
Coles Corner s'est imposé dans la playlist du GFIV, catégorie "disques de fin de soirée". Idéal pour rêvasser avant de ranger les verres, vider les cendriers et aller se coucher.
jeudi 13 octobre
Un de ces jours, il faudra que je me penche sérieusement sur Chamfort, qui est loin d'être un vieux classique poussiéreux. Les ressemblances avec Debord sont assez saisissantes : le nom en "or", le suicide violent, la perfection du style, le regard sans complaisance sur les moeurs de son temps. Debord a-t-il utilisé, détourné du Chamfort ? Ce n'est pas impossible.
vendredi 14 octobre
Je pourrais parler de bien d'autres choses. Il y a plein de choses dont je ne parle jamais. Des suggestions ? (écrire au basement)
samedi 15 octobre
Nous sommes contraints à nous inquiéter pour les conséquences d'actes dont nous ne sommes pas responsables et dont nous ne profitons même pas. Ceux qui en tirent les bénéficient ne semblent pas, eux, se soucier outre mesure. Ils veulent à tout prix croire que le rêve du capitalisme post-industriel peut continuer ainsi (non pas indéfiniment, mais au moins le temps de leur passage sur terre).
dimanche 16 octobre
Une bonne expo : Malaval au Palais de Tokyo. Laissez de côté les expos annexes, sans intérêt. Allez droit vers la grande salle où sont accrochées les peintures de Malaval. Les organisateurs ont eu la bonne idée d'y mettre des chaises longues. C'est idéal pour contempler tranquillement les peintures, qui se dévoilent lentement (compositions minimalistes, effets de surface). Le son colle parfaitement, la bande son de l'expo a été réalisée avec soin à partir de la discothèque de l'artiste. Malaval, enfin redécouvert, Malaval enfin mis à la place qu'il mérite dans l'histoire : l'un des grands peintres français des seventies.