"If ye cannot bring good news, then don't bring any." Bob Dylan ("The Wicked Messenger")
mardi 8 novembre
Je n'arriverai peut-être pas à articuler des mots très cohérents, mais je tenais à être là. Have a nice day.
mercredi 9 novembre
L'autre jour j'entendais Jospin à la radio. Toujours le nez sur les querelles de son parti, il veillait à ne pas se faire voler sa part d'espace médiatique par les événements récents. Rien n'aurait pu le faire dévier du programme stratégique qu'il s'était fixé pour la promotion de son livre. Remarquez, je ne sais pas pourquoi je m'énerve sur lui (ce n'est même pas le pire).
jeudi 10 novembre
7.40 : le passage à l'état éveillé occupe l'essentiel de mon énergie. Mais je ne force pas trop car j'aime assez cet état intermédiaire entre sommeil et veille, "rêve" et "réalité".
vendredi 11 novembre
Deux souvenirs. Le premier, c'est Fred et les aventures de Philémon (que je lisais dans Pilote). On se souvient que le personnage visite les lettres de l'Océan Atlantique : chaque caractère sur la carte est un île, et chaque île est un monde à part (avec ses règle décalées, un peu comme dans les rêves). Le deuxième souvenir, c'était les "jeunes de banlieue" des sixties, les blousons noirs, leur dégaine, leurs mythes, et leur amour respectueux des pionniers du rock n' roll. Leur destin social n'était pas très excitant, leur attitude visait à effrayer le bourgeois, de temps en temps, ils se défoulaient à un concert (les rockers anglais se battaient avec les mods). Ils se sont rangés, se sont mariés, etc. Ils ont la soixantaine, maintenant. Ce sont des prolos retraités, qui boivent un verre au zinc. Si vous trouvez un lien entre ces deux souvenirs, vous avez gagné un abonnement à la Semaine de Jane.
samedi 12 novembre
Avec Chronical (l'autobiographie) et No Direction Home (le docu), on peut dire que Dylan a perdu une grande part de son aura mystérieuse. On comprend mieux les priorités du bonhomme (la passion pour le répertoire folk), le goût de la scène, la transe de l'écriture pendant les sixties, etc. Ces révélations laissent tout de même beaucoup de choses dans l'ombre (comme les femmes, la dope...). Le paradoxe, c'est que loin de dissoudre le charme, elles rendent ce descendant de Kerouac et Guthrie plus humain, et donc beaucoup plus intéressant que la légende.
dimanche 13 novembre
Profitez bien de ce paisible week end.
lundi 14 novembre
Pour les gens qui ne vivent pas dans une cité HLM ou qui n'exercent pas leur métier dans un quartier, il y a probablement des choses à découvrir dans la presse et à la télé. Je veux dire que maintenant, l'excuse qui consiste à dire que l'on ne savait pas n'est plus possible. Le prochain coming out pourrait concerner les losers, solitaires et silencieux, de la France "rurbaine". Après, il restera encore les enfants perdus de la jet set médiatique : drogues, partouzes, vide affectif (même avec un destin social assuré, ce n'est pas tous les jours facile).
mardi 15 novembre
Toujours en pleine néo-dylanmania pour quadras. Un pote m'a montré le scrap book bourré de documents collectors en fac-similé. Un beau rêve de fan, bien réalisé. Sinon, il y a cette interview de Greil Marcus, signalée par Guy Mercier (ce qui est très drôle, vu qu'il déteste absolument Greil Marcus).
mercredi 16 novembre
Je dispose de cinq minutes. C'est jouable. Mais pour dire quoi ? J'ai sorti la poubelle du basement, je vais aller travailler. Il ne pleut pas, il ne fait pas froid. Je suis dans un état que je qualifierais de "neutre" (réceptive, mais n'attendant rien de spécial, en bien comme en mal).
jeudi 17 novembre
Je ne sais pas ce qu'il faudrait, comme évènements, pour faire dévier le Jane's Diary de sa route. Comme me disait une lectrice régulière, c'est "toujours la même chose". Je pense qu'il en serait ainsi pour n'importe qui, à condition d'appliquer la même rêgle : écrire sans intention. Tout ce qui est gratuit, spontané, me convient. C'est le reste qui pose problème.
vendredi 18 novembre
Un fragment de rêve au réveil, c'est très rare, alors je le note. Je suis avec des gens, dans une maison au bord de la mer, je m'ennuie et j'ai besoin de changer d'air. Je repère un sentier qui donne directement sur la plage. Je le prends en faisant attention de ne pas trop m'éloigner car il fait nuit et je ne connais pas les lieux. Il y a des dunes, les vagues que je distingue à peine dans l'obscurité. Je décide aussitôt de revenir pour que personne ne remarque mon escapade. Mais je réalise en marchant que je n'ai pas pris le bon chemin. A un moment, je longe une maison (j'aperçois même l'intérieur d'un salon avec des livres d'art). Là, je panique un peu parce que je me dis que je dois être dans une propriété privée. Si un chien venait m'attaquer ? Impossible, il se serait déjà manifesté. N'empêche, je dois partir rapidement de ce jardin, retrouver la maison où sont les gens que je connais. Je repère une ouverture dans la haie. Celle-ci donne directement sur une falaise à pic. Je recule pour arrêter l'effet de vertige. Mais je n'ai pas vraiment le choix. C'est la seule issue et je ne peux pas rester là plus longtemps. Je me laisse glisser dans l'ouverture. Et au lieu de tomber dans le vide, mes pieds se posent sur quelque chose qui retient la chute. Je me réveille presque euphorique. Même si cette corniche est étroite et dangereuse, le fait qu'elle existe est une bonne nouvelle, plutôt rassurante.
samedi 19 novembre
"Ce n'est pas le seul modèle français qui s'effondre, c'est le modèle occidental tout entier qui se désintègre, non seulement sous le coup d'une violence externe (celle du terrorisme ou des Africains prenant d'assaut les barbelés de Melilla), mais encore de l'intérieur même."
Au GFIV, on aime bien Baudrillard (y compris lorsqu'il affirme que l'art contemporain est nul). Il délivre ici une analyse assez lucide de l'ampleur des dégâts. Ce n'est pas très positif, certes, mais à part les artistes subventionnés et les militants de l'UMP, qui peut encore voir les choses sous un angle optimiste ?dimanche 20 novembre
Lorsque Baudrillard dit que "l'art contemporain est nul", les gestionnaires de l'art feignent de ne pas comprendre. Pourquoi faire semblant de défendre des artistes et des oeuvres que personne ne songe à attaquer ? Ce n'est pas le travail des artistes qui est visé, mais le votre. Moi, je voudrai rendre hommage à tous les institutionnels de la culture : maintenir une ambiance feutrée, rester au niveau de la distraction élégante, dans le contexte, c'est du grand art.
lundi 21 novembre
Les problèmes de la société française, c'est vraiment trop la prise de tête (et en plus, on ne voit aucune solution). Si on refaisait comme avant, quand on se contentait de regarder ailleurs ?
mardi 22 novembre
J'aime bien les ambiances plombées. On ne sait pas si tout le monde fait semblant d'être un peu con, s'il s'agit d'un processus inéluctable de réduction du champ de conscience ou d'une ruse subtile.
mercredi 23 novembre
Cette année, c'est décidé, pas de Christmas blues. On peut prendre les choses du bon côté et, par exemple, se faire offrir les disques que l'on avait hésité à acheter. Vous pouvez faire votre liste ici (des nouveautés de bon goût et quelques pépites hors du temps). PS : en cadeau, le dernier single des Strokes.
jeudi 24 novembre
Ceux qui n'en font pas l'expérience ne savent pas à quel point la vie est terne, plate et sans saveur, lorsqu'elle est amputée de sa dimension esthétique. C'est en ce sens que Proust peut dire que la "vraie vie", c'est la littérature (pas un monde parrallèle, un refuge pour les losers : l'actualisation de toutes les potentialités).
vendredi 25 novembre
Et oui, Finky s'est lâché. Du coup, on comprend mieux pourquoi son émission sur France-Cul. était devenue insupportable. Ce n'était pas seulement les idées fixes, la voix suave, les débats tronqués. Lorsqu'on lui coupait le sifflet au milieu d'une phrase en appuyant sur "off", c'était probablement à cause des relents nauséeux qui débordaient de la radio et risquaient d'infecter la salle de bain ou la cuisine.
samedi 26 novembre
Hier soir, Claire a conservé la tête penchée et un regard attristé tout le long du "vingt heures". Il est vrai que le prompteur alignait des news à se pendre. Un intérimaire mort de froid dans sa bagnole, un couple de violeurs, une rivière polluée en Chine, et toujours des hommes politiques en visite dans les quartiers tout gris tout moches. Même Villepin, autrefois si élégant, se balade maintenant en Parka marron et se faire filmer devant des cités HLM comme Marchais dans les seventies. Traditionnellement, le journal se termine sur une note un peu plus légère, insolite ou glam. Hélas, une dépêche AFP de dernière minute annonçait qu'un nouveau SDF avait été retrouvé mort de froid. Pas facile d'envoyer la Starac dans ces conditions.
dimanche 27 novembre
Précieux ennemis. Ils vous connaissent bien mieux que vos plus proches amis. Car eux ne s'aveuglent pas, ne font pas preuve d'indulgence, repèrent les failles, cherchent même le point faible qui vous laisserait définitivement hors d'usage. C'est grâce à eux que vous pouvez vous connaître un peu mieux, pas dans le miroir flatteur et trompeur de ceux qui vous aiment (ou croient vous aimer).