lundi 11 décembre

Je m'étonnais de n'avoir que peu de souvenirs. Je sais maintenant où est passée ma mémoire : elle s'est déposée dans mes rêves. Le problème, c'est que le plus souvent je les oublie. L'autre jour, à la faveur d'une grasse matinée, j'ai pu exceptionnellement me repasser quelques fragments. Cela se passait dans le coin d'un jardin, l'été. Il y avait une barrière en bois genre cow-boy et une petite route de campagne. J'expliquais à mes protagonistes (dont j'ai oublié les caractéristiques) que nous venions souvent ici nous cacher lorsque nous faisions l'école buissonnière. C'était plein d'émotions nostalgiques et de souvenirs d'enfance - que je n'ai pas vécus, mais peu importe. Cela fera l'affaire.

mardi 12 décembre

Je ne sais pas si vous connaissez l'histoire du "REAL FIRST RECORD" du Velvet et de la seule copie existante, retrouvée par hasard puis vendue sur eBay. J'ai eu l'occasion d'écouter la chose (Internet pouvant s'avérer un média assez démocratique). Certaines versions sont vraiment différentes. Le son est superbe. Et tout le long, il y a ce bon vieux bruit de grattement vintage jamais égalé. Sinon, mon truc en ce moment, ce sont les chansons douces (mais pas mièvres) d'Herman Düne.

mercredi 13 décembre

Today, juste des images. Bon appétit.

jeudi 14 décembre

9:03 au compteur. Après un début assez bluesy, un bruit de verre cassé déclenche une lente montée en puissance vers une apocalypse sonique entrecoupée d'accalmies orageuses, le tout baignant dans de méchants scratches de vinyle flingué. La version d'European Son, sur le collector Velvet, est dé-va-sta-trice. A côté, celle du disque officiel ressemblerait presque à une berceuse. C'est simplement qu'on la connaissait par coeur, on s'était habitué aux stridences. Ici, on redécouvre l'intensité du larsen, le long solo bruitiste, la rythmique erratique. Curieuse et troublante expérience pour l'auditeur. Comme si on écoutait ce disque inépuisable pour la première fois, mais tout en gardant en mémoire les innombrables heures d'écoute passées.

vendredi 15 décembre

Comment a-t-il vécu ? Comment a-t-il écrit ? Comment est-il mort ? Je me posais beaucoup de questions sur Frédéric Berthet, que j'ai découvert avec Journal de Trêve. J'avais flairé le très bon livre (ce n'était pas difficile). Ce fut un rare bonheur de lecture, mais je me demandais d'où venait cette prose élégante, minée par un désespoir subtil à la Fitzgerald - un Fitzgerald précoce, qui aurait parcouru une vie en accéléré. J'ai trouvé ici et (thank you René) des réponses à ces questions, et même un peu plus. Inutile de dire que je vais me jeter sur les autres écrits publiés.

samedi 16 décembre

Il y a aussi la possibilité de s'intéresser à chaque nouvelle tendance venue du web (ce mois-ci : Second Life), la loi du renouvellement technologique garantissant régulièrement de nouveaux frissons à un rythme soutenu.

dimanche 17 décembre

" N'est-ce pas triste que nos yeux se ferment ?

On voudrait avoir les yeux toujours ouverts,

pour avoir vu, avant le terme,

tout ce que l'on perd."

Rainer Maria Rilke, Vergers

 

lundi 18 décembre

Sur cette photo, vous pouvez voir le top 3 de l'île déserte du GFIV. Il peut y avoir des variantes, mais pour l'essentiel le kit de survie est là. Tout en haut, on peut discerner un des cinq volumes de l'intégrale des Basement Tapes. En bas à gauche, une compile maison contenant des raretés du Velvet Underground. Enfin, last but not least, une cuillère à soupe pleine à ras bord de bon vieux blues. Il faut relever une injustice et une disparition. L'injustice, c'est l'absence de Gram Parsons. Quand à la disparition, je vous laisse trouver tout seul.

mardi 19 décembre

Une sorte de gag (enfin, pour moi). Vient d'arriver au basement, dans un petit colis en carton, un casque audio dernier cri, sans fil et tout. Lecture rapide de la notice, décryptage des petits dessins. Et là, je réalise que je n'ai rien d'autre à écouter, pour tester les ressources de cette merveille technologique, que les enregistrements hyper-vintage du Velvet Underground & Nico.

mercredi 20 décembre

Noël ressemble de plus en plus à un vaste cauchemar de la marchandise. C'est aussi la fête des bons citoyens, de la famille, des valeurs éternelles. On se sent quand même un peu seul. On lit Muray.

jeudi 21 décembre

"La situation est claire, nous avons d’un côté des créateurs de valeurs, des visionnaires pour un monde plus beau où même le Chinois de base pourrait s’offrir une Logan break et de l’autre des barbares avinés, brutaux, qui n’hésitent pas sur un coup de sang à détruire les outils de production, héritages familiaux parfois centenaires." Brave Patrie. En dehors des écrits de Philippe Muray, dans les périodes un peu lourdes - comme celle-ci, j'aime assez me détendre avec ce site de bon ton. Messieurs les patriotes, bravo !

Et puis aussi, ça

Non dylanophiles, vous pouvez passer votre chemin.

vendredi 22 décembre

Dernier départ dans le matin givré. Ensuite, je me lèverai sensiblement à la même heure, mais je resterai chez moi - détail qui change tout. J'ai trouvé Simple journée d'été.

samedi 23 décembre

Jean-François Bizot s'offre un retour de rage sur le tard. Que n'est-il resté fidèle à cette saine révolte au tournant des années 80, lorsque lui et son confrère July déposèrent sans barguigner leur média au service de l'idéologie dominante (le libéralisme naissant) en échange d'un peu de glam et de power ? Si ces deux faiseurs d'opinion n'avaient pas ainsi tourné casaque, peut-être que les choses seraient un peu différentes, l'oppression (assez bien décrite par Bizot, qui mesure les dégâts) moins pesante.

dimanche 24 décembre

" D'abord j'aimerai ne plus avoir à me farcir des gens aussi tartes comme candidats présidentiels. Ensuite je changerai les musées. Il n'y a rien de plus déprimant, rien qui pue autant de la gueule qu'un musée. " Charles Bukowski, Mémoires d'un vieux dégueulasse

 

lundi 25 décembre

Nick Kent en fait un peu trop, je trouve, avec Modern Times. Dylan qui chante "mieux que jamais" (n'importe nawak). Sûr qu'il est bien fichu, ce disque. Pas déplaisant. Mais ce n'est jamais que la suite du précédent, qui avait pour lui l'effet de surprise. Toujours la même musique venue du passé, out of time - à mettre en rapport avec les programmes du show thématique qu'il anime avec une remarquable constance. Le bootleg que j'écoute en ce moment au casque est mille fois plus excitant. Le groupe joue live, relax et précis - ils ont tout leur temps, ils sont sur le Never Ending Tour. L'ambiance est géniale. Bob trouve l'entrée magique à chaque fois et les gens poussent des cris de joie quand ça décolle. Bref, un beau cadeau totalement inattendu, avec une belle reprise de Friend Of The Devil.

Set out running but I take my time
A friend of the devil is a friend of mine
If I get home before daylight I just might get some sleep
Tonight

mardi 26 décembre

Ici, au GFIV, nous zappons complètement Noël, les vœux, tous ces vieux rituels néo-pétainistes à la con. Nous ne portons pas d'attachement particulier envers les traditions.

mercredi 27 décembre

Il ne faut pas prendre à la lettre la ligne dure imposée par Joe le Gloseur. Je me suis fait quelques cadeaux. Un bouquin américain sur les meilleurs contemporary cartoonists. Très beau. Et aussi un portable avec des performances pharaoniques. Le genre d'outil qui peut démultiplier votre force de frappe ou vous entraîner vers les bas-fonds de la vie assistée.

jeudi 28 décembre

Hier soir, j'avais plein d'idées. Je les ai notées, je crois, dans le cahier prévu à cet effet - plus souvent rempli de petits dessins que de projets grandioses. Je n'ai pas encore relu.

vendredi 29 décembre

J'aurais préféré le découvrir plus tôt, comme une sorte de livre culte. Là, après Journal de Trêve, la barre était placée très haut. Les personnages de Berthet, de riches oisifs fascinés par des jeunes filles snobs, peuvent parfois agacer - comme ceux de Fitzgerald, dont l'univers est très proche. Mais il y a ces phrases, ce ton, ces formules imparables qui tentent de conjurer l'effondrement inéluctable. Et ça, c'est précieux.

samedi 30 décembre

La meilleure installation artistique de l'année n'a pas été produite par un artiste officiel mais par un collectif totalement inconnu du monde de l'art. L'installation in situ des Enfants de Don Quichotte, ignorée par nos intellectuels médiatiques, a été analysée avec une grande justesse dans un texte qui est aussi un appel à l'irruption de l'art dans la vie : " Les Enfants de Don Quichotte doivent poursuivre l'opération en en décuplant la monstruosité, en invitant la population non plus à dormir, mais à ajouter à foison des tentes rouges aux tentes rouges, jusqu'à atteindre 100 000, le nombre présumé de sans-abri en France."

dimanche 31 décembre

" At the top of Wenas Ridge

we walked out of pine trees and could see

down deep ravines, where the wind roared, to the river.

More alive then, I thought, than I'd ever be." Raymond Carver, Là où les eaux se mêlent

 

 

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