lundi 18 juin

Pourtant, j'avais tenu bon quand ce bouquin est sorti. Je m'étais dit "tu en as fait le tour, élargis tes centres d'intérêt, agis en adulte", ce genre de choses. Je viens de craquer pour la réédition en poche et j'ai bien fait. C'est le meilleur livre de Greil Marcus que j'ai lu, et de loin. Lipstic Traces avait quelques bons moments, mais il brassait trop large. Greil Marcus se perdait plus d'une fois en cours de route et le livre ressemblait à une thèse de doctorat indigeste. . La République Invisible était nettement mieux (et pas seulement à cause de son sujet : les Basement Tapes). Le corpus des "chansons du sous-sol" paraissait limité à première vue, mais il conduisait inéluctablement face à un sujet autrement plus vaste : rien moins que l'histoire mythique et obscure de la musique traditionnelle américaine. En concentrant son tir sur une seule chanson, Like a Rolling Stone, Greil Marcus peut enfin déployer sa méthode sans craindre d'en faire de trop ou de s'attarder exagérément sur des détails secondaires. Ici, on peut passer plusieurs pages sur le coup de batterie qui démarre la chanson sans jamais s'éloigner de l'essentiel. Le cœur du sujet est par nature inépuisable : c'est la Vraie Vie. Il ne s'agit pas seulement d'un livre sur Dylan, ou sur le rock, ou sur l'année 65. Ce livre parle remarquablement bien de ma propre philosophie de l'existence.

mardi 19 juin

J'ai commencé à m'inquiéter en arrivant à l'âge adulte. Je constatais que ce qui motivait l'immense majorité de mes voisins (au sens large) ne générait chez moi que de l'ennui (quand ce n'était pas du dégoût). Je comprends seulement maintenant qu'ils s'ennuyaient autant que moi essayant d'être comme eux. Mais eux, ils trouvent ça normal de s'ennuyer. C'est la base. Ils s'ennuient tellement, depuis tellement longtemps, que c'est devenu une seconde nature ; ils ne demandent rien d'autre. Quelque chose à la télé ? Un petit jogging ? Des courses à faire ?

mercredi 20 juin

A cause des RG, du contrôle mondial et des réseaux islamistes, il y a sur Internet une auto-censure permanente. A la différence de la censure, qui ne présente que des défauts, l'auto-censure peut sous certaines conditions s'avérer féconde. Elle favorise l'implicite, le sous-entendu, l'image poétique (exemple canonique : les métaphores sexuelles du blues).

jeudi 21 juin

Les jeunes white trash, qui sont les descendants des blousons noirs et des teddy boys de banlieue, n'écoutent pas de rock (plutôt du rap ou du hard). Ils vont en BEP faire de la mécanique. Ceux qui écoutent du rock et montent des groupes sont issus de la middle class. Ils vont au lycée et ont découvert le rock dans la discothèque familiale. Je veux dire que les mots "retour du rock" ne signifient pas grand chose. D'ailleurs, aucun mot ne renvoie à ce qui est (c'est le thème d'un livre dont je vous parlerai prochainement). Merci de votre attention et bonne journée/soirée à tous.

vendredi 22 juin

Une maison de repos avec un grand parc et des journalistes fébriles massés devant la grille. J'avais fait part dans le journal de cette vision concernant madame Royal. J'en reparle pour que l'on puisse vérifier objectivement si cette vision a une valeur prophétiques ou pas. Il s'agit d'une expérience scientifique.

samedi 23 juin

Le basement est à côté d'un village bien français avec une population bien de chez nous. On sent une certaine pesanteur lorsqu'on traverse les rues désertes mais on manque d'éléments pour imaginer ce qui s'y passe (et on ne cherche pas du tout à approfondir). Pierre Jourde est écrivain. Il connaît le village de Lussaud de l'intérieur. Il en a fait un livre où il déballe toute cette "merde" qui fait l'ordinaire de la vie quotidienne en zone rurale. Le récit des réactions provoquées par la publication du livre est riche d'enseignements pour qui est amené à côtoyer, même à distance respectueuse, certaines peuplades autochtones.

dimanche 24 juin

 

lundi 25 juin

Le blog de Frantico s'est arrêté sur une pirouette (prout). Il prétend avoir voulu faire du "politiquement incorrect". Encore des mots ne veulent rien dire. Il existe plein de versions du "politiquement correct". Le "politiquement correct" n'est pas le même à Neuilly que le long du canal Saint-Martin, à Garges-lès-Gonesse ou dans le petit village près du basement, parce que le conformisme social est entièrement modelé par l'environnement immédiat. Le point commun c'est que l'adepte du "politiquement correct" reproduit souvent inconsciemment (d'où l'impression d'être "politiquement incorrect") un schéma préconçu pour obtenir la reconnaissance d'un groupe et se donner une bonne image vis-à-vis de lui-même ("Je suis un type bien, contre Sarko, pour le commerce équitable, etc."). P.S. : une publicité pour le GFIV s'est glissée dans les commentaires, saurez-vous la trouver ?

mardi 26 juin

Parler pour ne rien dire, cela n'engage à rien, ne nuit à personne. Ce sont des mots, juste des petites étiquettes avec lesquelles on joue.

mercredi 27 juin

Je me méfie plus que tout du langage. Je l'ai toujours envisagé comme une menace d'autant plus dangereuse et sournoise que personne ne semblait s'en inquiéter autour de moi. Pour se protéger de ce virus sans sombrer dans l'autisme, nous sommes contraints au double-jeu (par exemple, écouter des cours, passer des examens etc., sans être dupe de ces mots creux mais tout en feignant de les prendre très au sérieux). Une telle attitude de protection et de mise à distance est largement répandue (sauf chez les malades-mentaux, les petits chefs, certains institutionnels). Il est cependant très difficile d'en parler avec quelqu'un de manière explicite, comme s'il s'agissait d'un comportement déviant. Il est tout aussi délicat d'en tirer des conclusions sur le langage en tant qu'instrument de contrôle modelant votre perception du monde. C'est pourquoi ce livre est pour moi un réconfort.

jeudi 28 juin

Inondations, pluies record, sêcheresse et incendies : ces jours-ci, le JT ressemble de plus en plus au film qui fit d'Al Gore une star planétaire. Au lieu de la mise en scène dramatique, on a le commentaire plutôt serein des journalistes. On les a prévenus très clairement : au moindre accent de catastrophisme lié au dérèglement climatique, c'est l'ANPE.

vendredi 29 juin

C'est ma dernière journée de travail. Pour fêter ça, voici quelques photos intimistes des Cramps (qui sont un peu les anges tutélaires du Journal). On pourrait titrer cette série "Getting old with attitude". On les imagine tellement bien allant faire les courses à la supérette du quartier, rentrer dans leur maison encombrée par les collections, préparer à manger. Lux encaisse son âge, tout comme Poison Ivy. Ils ne lâchent rien sur l'essentiel. Ils sont un modèle pour nous.

samedi 30 juin

Il y a cette vague idée qui plane juste au moment de commencer : l'espoir que, cette fois, les mots vont pouvoir faire des étincelles et nous conduire dans une zone magique où tous sera plus dense, plus vrai, plus clair. Toujours ces vieilles croyances attachées au verbe. Le plus souvent, il ne se passe rien, les mots restent dans leur monde de mots sans rien révéler du tout et la "réalité" reste indifférente à nos combinaisons sémantiques.

dimanche 1 juillet

 

lundi 2 juillet

Vous vous souvenez des types qui venaient nous expliquer que les CD auraient une durée de vie éternelle? Ecouter un CD sur la chaîne du salon, c'est presque devenu un plaisir désuet qu'on s'offre lors de soirées "détente à l'ancienne". Hier soir, j'ai repensé à ce journaliste surexcité qui brandissait son bout de plastique ("Cet objet révolutionnaire va bouleverser vos habitudes!") lorsque j'ai voulu écouter Over You sur le live 69 du Velvet. Le CD était niqué juste au moment du pont, quand Lou Reed chante :

Typically, when I had it
treated it like dirt
Now, naturally, when I don't have it
I am chasing less and less rainbows

On avait aussi des problèmes avec les vinyles, ça scratchait dur parfois. Mais là, le passage de la chanson était simplement zappé, effacé, comme s'il n'avait jamais existé.

mardi 3 juillet

Le risque, au basement du GFIV, c'est de vivre à l'écart du monde. Il faut forcer sa nature, avoir une opinion - même vague - sur ce qui mobilise les foules. Persepolis constitue à l'évidence un bon point d'encrage pour entamer un processus de socialisation. Hélas, le livre m'est tombé des mains et je n'ai pas du tout envie de voir le dessin animé. Non pas que je pense qu'il soit mauvais (il est même très certainement "réussi" compte tenu de ses objectifs). Je sais que c'est "plein d'humanité" et "universel" (comme tout ce que défend Fabienne Pascaud). A la limite, cela me suffit. J'en sais largement assez comme ça. Si vous êtes comme moi, si vous vous demandez pourquoi Persepolis vous indiffère malgré l'enthousiasme unanime des lecteurs de Télérama, je crois que vous trouverez quelques éléments de compréhension sur ce très bon blog ciné.

mercredi 4 juillet

(Si vous ne pouvez pas saquer Zim et Greil Marcus, vous pouvez passer tranquillement.) Je suis en train d'écouter cet enregistrement de 65. Dylan électrique fait maintenant l'objet d'un consensus historique (comme le fait remarquer Greil Marcus, plus personne ne se souvient avoir hué Dylan à Newport). Il est intéressant de se replacer en amont, juste avant, lorsque rien n'était joué (à l'époque du film Don't Look Back). Pas de sifflets haineux comme au "Royal Albert Hall" un an plus tard. Ce concert acoustique est un triomphe, la foule manifeste un enthousiasme respectueux entre chaque chanson. Qui d'autre aurait plaqué ce succès confortablement consensuel et nullement honteux pour se lancer, armé d'une Fender Télécaster et bourré de dope, dans une bataille incertaine ? Toutes les versions sur ce disque sont sidérantes. Rarement par la suite Dylan chantera ces chansons-ci de cette façon, avec une telle implication personnelle. D'ailleurs, il les chante comme s'il savait que c'était la dernière fois comme ça.

jeudi 5 juillet

Revu hier soir Alice's Restaurant. En tant que film, on ne peut pas dire que ce soit une grande réussite. Heureusement, il y a la mythologie folk. Pete Seeger et ArloGuthrie en poussent une au chevet d'un Woody Guthrie agonisant et la voix d'Arlo rythme les déplacements des personnages. Pour une "ode à la liberté et à la joie de vivre" (selon Arte), c'est assez lugubre. Tout le petit monde d'Alice semble sous le coup d'une terrifiante menace. Le danger qui les guette, ce n'est pas la police et l'armée : c'est leur propre aveuglement. Heureusement qu'on ne croise plus de hippies. C'était une sacrée bande de connards.

vendredi 6 juillet

" Non ceci n'est pas une allocution messieurs
C'est un discours
A propos de rien de spécial
A propos de la valeur relative de certaines choses
A propos de tout ce qui se transforme en obstacle
Mes plus fortes pensées à ce sujet."

Nanos Valaoritis (plusieurs poèmes à découvrir sur le blog SILO)

samedi 7 juillet

J'ai aimé Boulevard de la mort. On croise deux bandes de filles dessalées avec qui on passe un moment agréable. Comme dans Jackie Brown, Tarantino prend le temps de s'installer dans la durée et filme les temps morts. S'il n'y avait que ces scènes de bar avec les discussions décousues des personnages envapés et la musique à fond, ce serait déjà très bien. Mais comme le film fait référence aux série B des seventies, on a droit à une poursuite infernale réjouissante. Ajoutez un vrai méchant qui se fait bien exploser à la fin, et vous avez un menu consistant. Il ne me reste plus qu'à trouver la B.O..

dimanche 8 juillet

 

 

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